Le meurtre d’Edouard Stern a connu son épilogue judiciaire devant la Cour d’assises de Genève. Reconnue coupable de meurtre, Cécile B., la maîtresse désespérée et malmenée du banquier, a été condamnée à une peine privative de liberté de 8 ans et demi.

Fait rarissime dans ce type de dossier, la décision ne sera pas – du moins en l’état des intentions exprimées – frappée de recours. La défense n’a aucune raison de revenir sur un verdict qui raconte très largement son histoire. Celle d’une femme harcelée et poussée à bout par un amant cruel. La partie civile pourra se contenter d’une décision qui attribue aussi à Cécile B. une part de responsabilité dans l’enchaînement des faits ayant mené au drame. Et le Parquet – visiblement tiraillé entre ces deux tonalités – n’a aucune raison de faire entendre plus loin la voix de l’intérêt public.

La conciliation, voire l’apaisement général, née de ce verdict nuancé et intelligent met un terme à un procès hors du commun qui a suscité une affluence sans précédent. La personnalité des protagonistes, les circonstances particulières du crime, les déviances supposées ou avérées de ce couple maudit ont aiguisé l’intérêt des médias et du public, au-delà des frontières, quand bien même les enjeux étaient finalement assez limités.

Un homicide avoué, aucune bataille d’experts ou d’énigme particulière à résoudre, une accusation d’assassinat épargnée à Cécile B., un affrontement atténué, des témoins manquants, une difficulté à s’identifier et donc à éprouver de l’empathie pour l’accusée et sa victime, un souci de ne pas s’attarder sur les recoins les plus sombres de ces intimités déjà passablement déflorées, tout cela avait de quoi faire craindre des débats aseptisés et un résultat trop attendu.

Il n’y a effectivement, au final, pas de grande surprise. Mais ce procès a évité de laisser la désagréable impression qu’une part de la vérité – celle qui serait essentielle à la compréhension des dérives – a été cachée. Même si ce dossier – et surtout ce qui s’est passé dans la tête de Cécile B. – conservera forcément sa part de mystère. C’est grâce aussi à la présence du jury populaire qu’une plus grande transparence s’est imposée. Ce jury, si indissociable de l’imagerie des grands procès criminels et qui a sans doute siégé ici dans sa dernière toute grande affaire. Sa disparition en 2011 soulève déjà un vent de nostalgie.