Médias

La vérité sur l’affaire Claas Relotius au «Spiegel»

Une figure du journalisme allemand, primé à de multiples reprises, a reconnu avoir falsifié des articles, notamment dans le magazine de Hambourg. Un cataclysme qui choque autant qu’il interroge sur les informations diffusées dans les médias

Les agissements du «brillant» journaliste allemand Claas Relotius font penser à la comédie française Envoyés très spéciaux, avec Gérard Lanvin et Gérard Jugnot. Deux journalistes radio envoyés en Irak pour couvrir un conflit, mais qui falsifient leurs reportages en les réalisant depuis la banlieue parisienne. L’histoire de Claas Relotius est à l’image de ce film de 2009: au début, on peut en rire tellement il est grotesque, mais à la fin on en ressort consterné, voire trompé par ce que l’on vient de vivre.

De nombreux précédents

Le scandale vient s’ajouter à de nombreux précédents. Le New York Times avait vécu deux péripéties similaires, respectivement en 2003 avec Jayson Blair, qui avait fabriqué des scandales, et en 2005 avec Judith Miller, Prix Pulitzer 2001, qui avait reconnu la falsification de cinq de ses six articles sur le conflit irakien. Le présentateur vedette du 20 heures de TF1, Patrick Poivre d’Arvor, avait réalisé une fausse interview de Fidel Castro en 1991. Ces trois noms ne sont que quelques exemples d’une longue et triste liste.


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En décembre 2018, Claas Relotius les a rejoints. Il est l’archétype du grand reporter. Jeune trentenaire, élégant, reconnu par ses pairs et surtout suivi par les lecteurs. Voilà pour la légende, la réalité est tout autre. Le 19 décembre, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel reconnaît sur son site que le journaliste a «inventé» l’un de ses reportages en Syrie, pour lequel il venait d’être primé au début du mois. Il indique que c’est un échange d’e-mails concernant son article «Jaegers Grenze», réalisé à la frontière mexicaine avec une milice de citoyens qu’il n’a en réalité jamais rencontrée, qui a déclenché les doutes d’un de ses collègues, Juan Moreno.

Soucieux de prendre les devants afin de sauver sa réputation, l’hebdomadaire d’investigation a devancé toutes les éventuelles interrogations. Le journal émet toutefois une réserve sur la culpabilité de son ex-employé: «Il est possible que Relotius soit la victime d’une calomnie.» Mais les internautes viennent remettre en doute cette victimisation, d’autant plus que l’intéressé a avoué: @micheleeamn et @jakekrohn ont pointé les 11 bizarreries d’un de ses articles sur une ville américaine. Ce texte a été largement relayé pour attaquer autant les pratiques du lauréat du Deutscher Reporterpreis 2018 que les méthodes de travail du Spiegel. La section d’Alternative für Deutschland de Heidelberg ne s’est pas privée de se saisir de l’occasion sur Twitter:

Dans son article pour Le Monde, Thomas Wieder, correspondant du titre à Berlin, affirme que le trentenaire a agi ainsi guidé par «la peur de l’échec». Luzi Bernet, rédacteur en chef de la Neue Zürcher Zeitung, qui avait collaboré avec Claas Relotius entre 2012 et 2014, s’est exprimé sur Twitter mercredi soir en affirmant que le journal était en train d’examiner si de telles fraudes avaient été effectuées durant cette collaboration.

L’histoire n’a pas fini de faire parler à l’heure où le lectorat s’interroge sur la crédibilité des médias. Finalement, Claas Relotius est peut-être publiquement devenu ce qu’il a toujours été: un homme prisonnier de ses propres récits plutôt qu’un témoin privilégié d’un monde en pleine explosion. Ou simplement «un malade qui a besoin d’être soigné», comme il l’a lui-même reconnu devant sa hiérarchie au Spiegel.

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