Est-il déjà trop tard pour sauver le climat? En apparence, les discussions formelles et informelles que conduisent les Etats sur la route du sommet de Copenhague, en décembre, sont mal parties. Les Etats-Unis, revenus à la table des négociations avec la ferme intention d’œuvrer à un accord global, sont piégés par leur propre calendrier politique. Le président Barack Obama n’a toujours pas de feu vert du Sénat, saisi d’un projet jugé trop modeste par l’Europe et les grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil). La communauté scientifique multiplie les avertissements: si le processus de réduction des gaz à effet de serre n’est pas engagé dans cette décennie, les efforts pour ralentir les émissions ne permettront pas de stabiliser à temps les quantités de gaz à effet de serre émis à partir de 2030, soit au moment où les rejets des pays en développement progresseront le plus.

La première puissance économique du monde a pu longtemps se retrancher derrière l’intransigeance chinoise et indienne. Ce n’est plus (tout à fait) le cas. L’Empire du Milieu donne des signes encourageants et ne refuse plus, par principe, toute action avant 2050, à la condition d’obtenir l’assurance d’un transfert de fonds et des facilités pour l’accès aux technologies propres. Ce changement d’attitude était prévisible; Pékin vit très mal la dégradation dramatique de son environnement et redoute une vague verte qui mettrait tôt ou tard à l’index les produits du plus grand atelier du monde.

L’administration Obama, elle, est confrontée à un verrou intérieur. Sans soutien politique national, elle court à l’échec et perdra les leviers financiers et réglementaires qui lui permettront de mettre le pays sur les rails d’une économie plus durable. Voilà pourquoi Barack Obama tente de décrocher un accord pragmatique, plus souple dans sa mise en œuvre mais essentiel pour déclencher une reconversion industrielle qui bourgeonne mais sans éclore à temps. En ce sens, la conférence de Copenhague est déjà un échec mais pourrait être un semi-succès si les Etats maintiennent ferme le cap et décident des premiers signaux indiquant que la vertu climatique deviendra la norme du XXIe siècle.