Qui se souvient des Brics? Il y a une décennie, l’avenir du monde semblait appartenir à cette nouvelle coalition des pays émergents – Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud – qui promettait de redéfinir les règles du commerce mondial en faveur du Sud. Ils avaient en commun des taux de croissance météoriques, un rejet de la domination occidentale et la volonté de créer des institutions financières nouvelles. C’était avant la crise économique mondiale de 2007-2008.

Qu’en reste-t-il aujourd’hui? Hormis l’Inde et la Chine, dont la croissance économique avoisine les 7%, l’économie des Brics est atone. La fin de l’ère de la «globalisation heureuse» les a tout aussi durement frappés que les pays du Nord. Les instruments financiers dont ils rêvaient (une banque d’investissement et un fonds monétaire) sont restés largement inopérants. Quant au front anti-occidental, il s’est effrité depuis que le Brésil n’est plus gouverné par la gauche et que l’Inde est dominée par un courant nationaliste. Rien d’étonnant à cela, le système politique étant l’un des principaux point de divergence entre le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud (démocratiques) et la Chine et la Russie (autoritaires).

Le boulevard offert par Trump

L’organisation des Brics n’a pas pour autant disparu. Ce week-end, la ville chinoise de Xiamen accueillera son neuvième sommet. Pékin promet que ce sera le plus important avec l’invitation faite à des nouveaux pays comme le Mexique, l’Egypte ou la Thaïlande à rejoindre le groupe. Va-t-on assister à une renaissance de la coopération Sud-Sud comme le promet la presse chinoise? La politique isolationniste de l’administration Trump offre en effet un boulevard à Pékin, nouveau leader autoproclamé de la globalisation économique, pour former des coalitions capables de dicter la gouvernance mondiale du commerce.

Entre les deux piliers des Brics, l’Inde et la Chine, la tension est de plus en plus vive

En réalité, ce sommet à failli dérailler quelques jours avant sa tenue. Si Pékin entretient d’excellentes relations avec Moscou et maintient une bonne communication avec Brasilia et Pretoria, il en va très différemment avec New Delhi. Il y a une dizaine de jours, les deux pays étaient au bord de la confrontation à la suite d'un énième différend frontalier dans l’Himalaya. Après un pugilat sidérant entre les troupes chinoises et indiennes, un accord de dernière minute a été trouvé: il semble bien que Pékin ait reculé – en suspendant la construction d’une route dans un territoire disputé – sans doute pour éviter un naufrage diplomatique à Xiamen.

Narendra Modi, le premier ministre indien, se rendra finalement en Chine ce week-end. Sa présence sauvera les apparences. Mais entre les deux piliers des Brics, la tension est de plus en plus vive en raison de différends commerciaux (mesures antidumping de Delhi), frontaliers et géopolitiques. Sans leur coopération, il n’est pas sûr qu’un dixième sommet pourra être organisé l’an prochain.

Nouvelle priorité de Pékin

Mais la principale menace qui pèse désormais sur les Brics vient peut-être de la Chine elle-même. Car entre-temps, Pékin s’est lancé dans un vaste programme de développement qui redéfinit les priorités: la nouvelle Route de la Soie ou le BRI, selon l’acronyme anglais (Belt and road initiative). Le projet du BRI est beaucoup plus ambitieux avec la construction d’infrastructures et la promotion du commerce entre la Chine, l’Europe et l’Asie du Sud-Est en passant par l’Asie centrale et le Proche-Orient.

Le BRI détournera d’autant plus sûrement Pékin des Brics que l’Inde, avec les Etats-Unis, est l’un des pays les plus critiques face à ce qui est perçu comme un nouvel impérialisme chinois. Du coup, ce week-end à Xiamen, on pourrait assister à un enterrement de première classe.