Quel choc! Un morceau d'histoire s'est écrit mercredi matin avec l'échec de Christoph Blocher devant le parlement. Cette éviction d'un conseiller fédéral par une candidate de son propre parti est inédite et marque, de ce seul fait, un séisme de magnitude inversement proportionnelle à la culture de consensus.

L'effet de surprise est redoublé par la conviction qui s'était répandue au soir du 21 octobre. Le score triomphal de l'UDC aux élections nationales, ajouté à la plongée des socialistes, semblait condamner toute velléité de renverser Christoph Blocher au Conseil fédéral. Nous avions été les premiers à l'écrire. Nous nous sommes trompés.

Car plusieurs éléments sont venus effriter la position dominante de l'UDC, à commencer par l'arrogance dont le parti a fait preuve au parlement, en radiant des représentants de son aile modérée au sein des commissions pour les remplacer par des tenants de l'orthodoxie.

Ce sont aussi les défaites à Zurich et à Saint-Gall de deux de ses ténors, lors des élections au Conseil des Etats, qui ont montré que l'UDC n'est pas qu'une machine à gagner, et qu'elle est de nature, par ses méthodes et ses thèses, à fabriquer des majorités de rejet. L'allergie et l'inquiétude qu'a inspirées à beaucoup de démocrates-chrétiens et de radicaux la campagne du «mouton noir» attendaient un facteur déclencheur pour se convertir en action. Le renforcement du PDC l'a fourni, qui a choisi d'affirmer une audace dont nul ne le créditait. Quelle revanche sur 2003 et l'humiliante sortie de Ruth Metzler!

Mais vers quoi va-t-on? Il faut d'abord mesurer ce que représente ce camouflet pour les électeurs de l'UDC. Une large majorité d'entre eux va vivre l'éviction de Christoph Blocher comme une insulte à la volonté populaire. Et il ne serait pas difficile à l'UDC de capitaliser sur ce sentiment pour construire la stratégie d'opposition résolue qu'avait promise son champion si l'improbable scénario se réalisait.

Les jeux ne sont pas faits, mais tout semble indiquer que le parti préférera la rupture au compromis. Dès lors, tout devient possible. Y compris l'enterrement, au moins provisoire, de la formule magique et de la concordance, au profit d'un régime plus proche d'un système de coalition.

Chacun devrait alors y reconstruire une légitimité que ce 12 décembre a brutalement ébranlée. A la faveur d'un coup de théâtre dont, pour une fois, Christoph Blocher n'aura pas été l'acteur mais la victime.

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