Les diplomates les plus indulgents mettent les outrances et les gaffes du président élu Donald Trump sur le compte de l’ignorance. Au téléphone, il a déjà commis trois transgressions notables, avec la présidente de Taiwan, le Premier ministre pakistanais et le président du Kazakhstan. Il n’associe pas le Département d’Etat à ses démarches sur le parquet international, il a renoncé à prendre connaissance des notes des services de renseignement auxquelles il a accès.

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Plus substantiellement le futur président des Etats-Unis a procédé aux premières nominations de ministres, recrutant allègrement à Wall Street les principaux responsables de l’économie et du commerce, au mépris des positions affichées pendant la campagne…

Une certaine cohérence

Avec le nouveau ministre de la défense, Donald Trump a également frappé fort. Le général Mattis, qui a pris sa retraite en 2013 seulement, après avoir commandé les armées américaines au Proche et Moyen-Orient, au Commandement central des États-Unis (CENTCOM), s’est exprimé clairement depuis lors sur les grands thèmes stratégiques. En attendant la désignation du futur Secrétaire d’Etat, ses propos donnent une certaine cohérence au projet de Donald Trump dans le domaine de la politique étrangère.

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L’Iran est aux yeux du général le principal facteur de déstabilisation et de menace à la paix au Moyen-Orient. Il convient de le traiter comme on l’a fait avec l’URSS jusqu’à l’arrivée de Gorbachev: non comme un Etat classique mais comme un mouvement révolutionnaire.

Une politique de subversion

L’Iran dispose de cinq instruments pour mener sa politique de subversion: une marine protégée par des missiles côtiers, qui patrouille dans le Golfe et parfois y pose des mines; des missiles anti-balistiques dont le développement se poursuit; les Gardes révolutionnaires et leurs alliés du Hezbollah libanais, d’Al Quds et autres groupements similaires qui combattent en son nom en Syrie, en Irak, au Yemen.

Enfin, l’Iran se livre à la guerre cybernétique, avec moins de succès pour le moment, et possède un programme d’armement nucléaire qu’il a accepté de mettre en pause pour douze ans aux termes de l’accord de 2015.

Rester vigilants

Il ne s’agit pas de remettre en cause ce traité: la parole des Etats-Unis doit être honorée en dépit des faiblesses qu’il comporte. Il est incomplet mais il offre des avantages, dont le système de vérification par l’Agence atomique internationale. Les Etats Unis doivent rester vigilants et préparer un plan B pour le cas où l’Iran romprait ses engagements. Pour l’instant, Téhéran s’en tient à la lettre de l’accord, sinon à son esprit et en tire des bénéfices économiques.

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La levée des sanctions du Conseil de sécurité en échange du moratoire nucléaire a en effet libéré des sommes d’argent considérables que l’Iran a dirigé vers les autres composantes de ses activités militaires. On constate depuis 2015 un accroissement du rythme de ses opérations à l’extérieur et un regain des exportations d’armes et d’engins explosifs de l’Iran, destinés avant tout à ses partisans en Arabie saoudite, à Bahrein et au Yemen.

Pour la création d’un Etat palestinien

Le général Mattis plaide pour que les Etats-Unis se tiennent aux côtés des Etats du Golfe et de la Jordanie, alliés éprouvés et fiables dont les besoins en sécurité sont dignes de protection. L’Amérique y a intérêt. Or jamais son influence dans la région n’a été aussi faible depuis 40 ans: il s’agit de la rétablir.

Les opinions que le général Mattis a développées il y a six mois dans un «think tank» à Washington – CSIS – structurent les éléments de langage vagues et contradictoires de la campagne de Donald Trump. Elles donnent une indication de ce que pourrait être la politique américaine à l’avenir.

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Sur certains points, ces vues, fondées sur l’expérience du terrain, paraissent se rapprocher des analyses israéliennes. Mais le général Mattis critique la politique de colonisation dans les territoires occupés. Il est partisan de la création de l’Etat palestinien: on ne peut pas l’accuser de se calquer sur Tel-Aviv.

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