Les JO de cet hiver ont permis de mieux connaître la Corée du Sud, mais c’est avec quatre essais balistiques et un essai nucléaire que la Corée du Nord est parvenue à faire parler d’elle jusque dans nos contrées. Son président Kim Jong-un, arborant une coupe de cheveux proche de celle de nos footballeurs, et dont la bonhomie joufflue peine à démentir les pratiques musclées, s’est ainsi acquis une stature internationale. Mais, que sait-on au juste de ce qui se passe là-bas?

Nos compatriotes ignorent peut-être que cinq soldats helvétiques non armés se partagent avec cinq Suédois la tâche importante de veiller au respect du traité d’armistice passé entre les deux Corées à la fin d’une guerre meurtrière. Ils observent la nature des manœuvres militaires de part et d’autre de la zone démilitarisée qui, au mépris du sens des mots, l’est au contraire intensément.

Récemment, leur lieu de garnison a connu une péripétie dramatique au moment où un soldat du Nord tentait de passer au Sud près du village frontalier de Panmunjeom. A des milliers de kilomètres plus à l’est, cela ravive le souvenir des transfuges tentant de franchir le mur de Berlin au temps de la guerre froide.

Où en est-on aujourd’hui?

Or c’est bien la guerre froide qui a provoqué le conflit entre les deux Corées qui, de 1950 à 1953, fit deux millions de morts. En effet, alors que le Japon, défait en 1945, se retirait de la péninsule coréenne qu’il avait colonisée de longue date, ce sont les Etats-Unis et l’Union soviétique qui se partagèrent l’influence sur la région. En 1948, ils favorisèrent la création de deux pays, la République de Corée au sud du 38e parallèle, sous influence américaine, et la République populaire démocratique de Corée au nord, sous influence soviétique et chinoise.

Peu après, sous un prétexte futile, les Etats-Unis et l’URSS entamèrent une guerre sans merci avec des exécutions de masse et des atrocités dont le XXe siècle, déjà sanguinaire, ne peut s’enorgueillir. Dans une surenchère de matériel militaire dernier cri, l’avènement de la guerre aérienne par bombardements intensifs permit aux Etats-Unis de larguer, chaque mois des trois ans que dura la guerre, 12 000 tonnes de bombes sur la Corée du Nord, même s’ils firent mieux au Vietnam avec 44 000 tonnes! Un pacte de non-agression vint conclure cette boucherie, créant cette zone démilitarisée dont la Suisse et la Suède surveillent le respect.

Où en est-on aujourd’hui? Alors que le Nord a su se débarrasser de ses encombrants voisins communistes, le Sud abrite toujours une importante base américaine, Camp Humphreys, forte de 28 500 soldats installés juste en face de la Chine (on ne sait jamais?). Voilà qui explique évidemment l’intérêt porté à la péninsule coréenne par le gendarme du monde. Les frictions incessantes entre les deux Corées prennent leur source au sujet des eaux territoriales tracées arbitrairement par les forces internationales, et sans cesse mises en cause. En outre, les essais nucléaires de Pyongyang et l’escalade verbale de Kim Jong-un firent croire à une montée en puissance des hostilités.

Un rapprochement historique

En réalité, tout cela semble finir par un rapprochement historique, avec l’entrée symbolique des athlètes du Nord et du Sud côte à côte aux Jeux olympiques de 2018, suivie par la poignée de main des deux présidents échangée le 27 avril sur la ligne de démarcation. L’objectif verbalisé ce jour-là n’est rien moins que la réunification de la péninsule qui se discute depuis l’an 2000 déjà. Une réunification très hypothétique tant les deux pays sont en tout point devenus différents. Une réunification surtout qui pourrait marquer la fin de la présence américaine dans la région, ce que désire ardemment la Chine, alliée indéfectible du dictateur nord-coréen. De là à penser qu’ils auraient tenté ensemble de tracter la dénucléarisation de Pyongyang contre le retrait américain, il n’y a qu’un pas.

Mais attendons le sommet prochain entre Trump et Kim pour nous perdre en conjectures.

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