Les destins tiennent à peu de chose. A l’été 1991, bientôt diplômé de l’Ecole hôtelière de Lausanne, Nicolas Walder avait rendez-vous en Floride. Un entretien d’embauche devait lui ouvrir les portes d’une carrière internationale faite d’exotisme et de clients exigeants. En choisissant cette voie, le nouveau vice-président des Verts suisses avait cédé à un tropisme familial. Son grand-père a travaillé au Mexique. Son père a ramené de son expérience au sein de la compagnie Middle East Airlines des récits qui ont bercé sa jeunesse. «Nous avions fait un voyage en Iran qui m’avait beaucoup marqué», confie-t-il encore.

Avant de filer direction Miami, restait à organiser la journée des entreprises. Son école affectera le Genevois à l’accueil des sociétés: «J’ai discuté avec le représentant du CICR toute la journée. C’était une révélation. J’ai su immédiatement que je voulais m’y engager.» En une volte-face, il troque une vie sous les étoiles des hôtels les plus prestigieux contre les coins de la planète où l’action humanitaire est la plus nécessaire: l’Arabie saoudite après la guerre du Golfe, la Somalie, l’ex-Yougoslavie, Jérusalem, le Caucase. Une expérience qui a gommé toute velléité égocentrique, assure-t-il.

Etapes et méthode

Le lien avec la politique? Il se fera par étapes et avec méthode. Un trait qui définit cet esprit analytique au point d’en devenir parfois atone. Le spectacle de ces populations déchirées a fait naître en lui le besoin de trouver des explications. Une licence et un DESS en sociologie plus tard, une nouvelle frustration le gagne: «Je m’interrogeais sur la portée de l’action sociale. Comprendre était devenu moins urgent que changer les choses. J’ai alors commencé à chercher une formation politique.» Ce sera les Verts, «moins attachés que les socialistes à la notion du travail productiviste née au XIXe siècle».

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Nicolas Walder a fait deux législatures comme membre de l’exécutif de Carouge. On peine pourtant à lier son nom à une action forte. L’intéressé en convient. Tout comme il admet que sa présidence du parti cantonal, qu’il vient de lâcher, «a été moins médiatisée que celle de Lisa». Comprendre Mazzone, conseillère aux Etats phosphorescente à force de prendre toute la lumière.

«J’ai enclenché et porté beaucoup d’actions comme magistrat, rappelle-t-il. Carouge a été la première commune Fairtrade en Suisse romande, j’ai lancé le concept zéro déchet et renforcé la place de la nature et de la mobilité douce. Mais il est vrai que je suis souvent volontairement resté en retrait. Avec une majorité de droite au conseil municipal, il ne fallait pas trop personnaliser les dossiers. J’ai en revanche une vision claire et une force de conviction qui, je pense, ont beaucoup déstabilisé mes adversaires lors des négociations.»

La stratégie plutôt que l’éclat. Le schéma se répète pour sa présidence: «J’ai beaucoup travaillé à la consolidation du parti, relance-t-il. Avec 25% des voix à Genève lors des fédérales, il est normal que des divergences apparaissent. Sur l’aménagement du territoire, par exemple, il y a actuellement deux visions qui s’opposent. Mon rôle de président a été de traiter les problèmes d’ego à la racine afin de permettre un débat serein et respectueux. La présidence, c’est avant tout renforcer l’unité. C’est faire passer le parti avant sa propre personne.»

Cette réserve a payé. Sous sa direction, les écologistes ont doublé leur représentation dans les hémicycles municipaux, lors des élections de ce printemps. La suite aurait dû l’amener au Conseil d’Etat. Mais le siège vert dévolu aux hommes, parité oblige, est déjà occupé par Antonio Hodgers, «qui se représentera sans doute pour un troisième mandat». Ce sera donc Berne, où il siège comme conseiller national depuis 2019.

Les mots s’emballent lorsqu’il évoque la Commission de la politique extérieure: «Lien avec les droits humains», «encadrer l’économie», «inclure les critères environnementaux dans le prix des produits». Les affaires juridiques, sa seconde commission? Son regard s’anime. «Travail sur les faillites abusives», «mariage pour tous», «protection des lanceurs d’alerte», «renforcement de la loi anti-blanchiment».

«L’initiative pour des multinationales responsables, conclut-il, permettrait d’améliorer le quotidien de centaines de milliers de personnes dans le monde. Ce n’est pas une idée forcément de gauche, c’est une initiative qui vise à rendre le capitalisme compatible avec les défis sociaux et environnementaux du XXIe siècle. Finalement, elle pourrait sauver le capitalisme.»

Nouvelle militance

A l’écouter, nul doute: lui est bien de gauche, tendance concepts ardus et mots compliqués. Il croit à la convergence des luttes. «Comme homme blanc de plus de 50 ans cisgenre, j’ai conscience de mes privilèges, rassure-t-il, ce qui m’amène à être un féministe convaincu! Mon homosexualité m’a aidé à porter un autre regard sur la société. Définir la norme amène avant tout à asseoir des relations de pouvoir. Il faut en être conscient.»

Des phrases lestées de structuralisme suivies par des mots simples et forts. Se faire dépasser par une nouvelle génération, n’est-ce pas frustrant? «Il y a dix ans, nous réclamions des places pour les vélos. Aujourd’hui, nous devons planifier la sortie de l’économie fossile. Cette nouvelle militance met la barre plus haut. Pour certains, c’est difficile.»


Profil

1966 Naissance à Genève, à la clinique des Grangettes, alors tenue par des bonnes sœurs.

1991 Diplômé de l’Ecole hôtelière de Lausanne, s’engage au CICR.

2001 S’encarte chez les Verts.

2011 Premier de deux mandats au Conseil administratif de Carouge.

2019 Conseiller national.


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