Vais-je, semaine après semaine, devoir parler dans cette chronique des ravages du Covid-19 sur les milieux culturels? Je ne sais pas. Mais je le crains. Comme je crains une saturation prochaine de nos hôpitaux. On entend partout, depuis le week-end dernier, que «jusqu’ici tout va bien»… Mais moi, quand j’entends ça, je me dis: «Donc, à un moment donné, cela ne va plus aller.» Et je m’énerve en pensant à tous ceux – il y en a encore! – qui prennent tout cela avec une relative indifférence, qui raillent un climat anxiogène ou, pire, ne respectent pas les consignes et se rassemblent, comme pour prouver qu’ils sont courageux. Alors qu’ils sont tout simplement irresponsables.

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Mais revenons à la culture. La semaine dernière, j’évoquais tous ces lieux qui ferment, ces écrans tristement blancs, ces scènes désertes, ces toiles esseulées sur des cimaises, sans plus personne pour les admirer. Partout, un insupportable silence à la place de stimulantes discussions, d’enivrantes émotions. Et surtout, des artistes, des responsables d’institutions et des milliers de collaborateurs plongés dans une totale incertitude. Les librairies, ces oasis dans lesquelles j’aime parfois errer sans but précis, juste pour me sentir vivant, ont elles aussi baissé le rideau. Dans la foulée, la plupart des grands éditeurs ont annoncé qu’ils suspendaient leurs parutions. De nombreux disques sortiront également en des jours meilleurs.

La résistance s’organise

Même si j’ai toujours eu un penchant certain pour le cinéma postapocalyptique, je n’ai jamais imaginé vivre une pandémie, encore moins en tentant, confiné chez moi, de rester le chef d’orchestre de la rubrique culturelle du Temps. Etrange de n’avoir plus que des contacts virtuels avec les solistes virtuoses qui, au fil des pages, gardent crépitante, avec fougue et passion, la flamme de la culture. Et il y a ce vertige, cette peur du vide, d’un assèchement progressif de l’offre.

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Heureusement, la résistance s’organise. Des libraires indépendants travaillent par correspondance, des musiciens jouent à domicile face à leur ordinateur; la communication et la diffusion en ligne ouvrent un nouveau champ des possibles. Même si rien ne saurait remplacer, pour les arts vivants du moins, le doux frisson d’une excitation collective. Nous allons, le moins longtemps possible, espérons-le, accompagner dans notre édition du week-end et en semaine, malgré des paginations réduites, les acteurs culturels qui en ont besoin, continuer à parler de leur actualité, tenter de prendre de la hauteur. Et aussi vous proposer de quoi rendre le confinement plus supportable.


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