Tandis que les Verts canadiens, lors de leur dernière convention, ce dimanche, votaient une résolution appelant au boycott d’Israël, voici une nouvelle qui va échauffer les esprits: les agences de presse ont diffusé hier soir l’information selon laquelle «Israël a annoncé son intention d’expulser et d’interdire l’entrée sur son territoire de toute personne appelant au boycott de l’Etat hébreu.»

«Nous ne permettrons pas aux militants en faveur du boycott d’entrer en Israël… Ceux qui veulent nous boycotter doivent savoir qu’il y a un prix à payer», a ainsi affirmé le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan, cité par l’AFP.

The Times of Israel se fait plus précis: «Un comité interministériel est lancé pour traquer et expulser les manifestants anti-Israël et empêcher les autres d’entrer dans le pays, ont annoncé le ministre de l’Intérieur et le ministre de la Sécurité publique. Le comité concentrera son travail sur les soutiens du mouvement Boycott Cession et Sanctions (BDS) qui cherchent à mettre Israël sur une liste noire mondiale et qui est devenu une cible principale des politiques du gouvernement israélien ces derniers mois.»

Aussitôt connue, la nouvelle a été répercutée: «Boykott-Aktivisten sollen nicht mehr einreisen dürfen», lance Zeit Online. «Keine Einreise für Boykott-Aktivisten», fait écho la NZZ.

Pour comprendre la nervosité israélienne, rien de mieux que de se tourner vers le Canada où se déroulait hier la convention du Parti vert du Canada, l’équivalent de nos Verts. Et qu’a-t-elle adopté, cette convention? Lisons le National Post d’Ottawa, «Les Verts canadiens ont adopté dimanche matin une motion invitant à ajouter le boycott, le désinvestissement et des sanctions à l’endroit d’Israël à la liste des axes politiques du parti.» Ajoutant que la présidente du parti y était, quant à elle, fermement opposée.

Le Globe and Mail ajoute que Madame Elizabeth May a été très déçue de ce vote très chargé émotionnellement et il constate que le Parti vert canadien est sorti très divisé à cause de ce vote qui a suscité un torrent de discussions extrêmement vives. Du côté des tenants du boycott, il y a ceux qui ont rappelé que Desmond Tutu et Stephen Hawking soutiennent le BDS, tout comme des universités, des syndicats, des Eglises.

Du côté des opposants, on redoute que d’épingler ainsi Israël ne soit qu’un subterfuge pour cacher des relents non avoués d’antisémitisme.

Remettant cette information dans son contexte, le site israélien Arutz Sheva 7 note tout de même qu’en février de cette année, le parlement canadien avait rejeté à la majorité une motion demandant le boycott d’Israël.

Ce qui fait d’ailleurs craindre à plus d’un observateur vert canadien, comme le rapporte le National Post, que cette décision controversée des Verts leur fasse perdre plus encore de plumes lors des prochaines élections.

La collision de ces deux nouvelles – la montée en puissance de la réaction d’Israël au boycott prononcé contre lui et cette toute chaude décision des Verts canadiens – montre une fois de plus que l’on n’a pas fini de débattre de cette guerre faite à l’Etat hébreu via les armes délétères du boycott.

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