Chronique masquée
Le canton de Vaud pourrait devenir un laboratoire national en élisant les candidates des Verts et des Vert'libéraux, écrit Fabrice Guillot, notre chroniqueur masqué vaudois
La gauche vaudoise ne peut pas prétendre qu’elle ne s’y attendait pas. L’hypothèse du lancement d’une large coalition de centre droit pour prendre d’assaut le Conseil d’Etat était connue, bien avant le 30 avril. Isabelle Chevalley avait laissé fuiter ce qui était devenu un secret de polichinelle, à savoir qu’elle envisageait de se lancer dans la bataille du second tour. Dès lors, les réactions fortes de Pierre-Yves Maillard et de Nuria Gorrite laissent transparaître une colère sourde de la gauche à l’idée de céder des parcelles de son pouvoir.
Quelques jours ont suffi à briser le mythe de l’entente cordiale au sein du gouvernement. Les masques sont tombés, parfois de manière stupéfiante. On a vu ainsi le président des socialistes suisses sortir du bois et comparer le ticket Nicolet-Chevalley à Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan.
Il n’est pas certain que les Vaudois adhèrent à ces excès de langage, sachant que les invectives et une agressivité trop marquée desservent les causes qui sont censées être défendues. La réalité est plus nuancée. En lieu et place des «compromis dynamiques», formule assez creuse, c’est une cohabitation forcée qui régit le gouvernement, dont chaque camp s’accommode tant bien que mal. La gauche sait qu’elle tient l’essentiel du pouvoir avec sa majorité au Château. Le centre droit se console avec l’influence déterminante du ministre des Finances et fait semblant de croire que la majorité au Grand Conseil lui permet de rééquilibrer les forces. Encore faudrait-il que le Grand Conseil soit plus qu’une chambre d’enregistrement.
Rétropédalage de l’UDC
Pascal Broulis a habilement résumé l’enjeu de cette campagne, en parlant désormais de «tensions constructives». Cette nouvelle formule recouvre une réalité assumée plus franchement. Entre la gauche et la droite, les fronts sont mieux identifiés. Le tabou des baisses fiscales est levé, un début de débat s’engage sur l’école. Le débat de mercredi sur la chaîne locale La Télé s’annonce un peu moins soporifique que les précédents.
Il est toujours risqué de prendre les électeurs pour des idiots
Pour mobiliser leurs camps, les deux blocs font mine de croire que le nouveau gouvernement élu le 21 mai le sera dans une composition 5-2. C’est pourtant un cas de figure peu vraisemblable. D’abord parce que Béatrice Métraux a manqué de peu son élection au premier tour et que les Vaudois ont peu de raisons de renvoyer une ministre qui dispose d’un bon bilan. Ensuite parce que l’alliance de centre droit n’est pas solide. Ce n’est que contrainte et forcée sous la pression du PLR que l’UDC a accepté qu’Isabelle Chevalley fasse partie de l’alliance après son refus de cet hiver. Au lendemain du premier tour, pressé par les journalistes de Forum, Jacques Nicolet a vaguement laissé entendre qu’il aurait volontiers fait campagne avec François Pointet, jugé moins menaçant pour sa candidature. Quant au rétropédalage de l’UDC sur le positionnement des Vert’libéraux, il fait sourire. Ceux-ci auraient donc évolué en quelques semaines de la gauche à la droite? Il est toujours risqué de prendre les électeurs pour des idiots.
Les Verts en arbitre
A gauche, le sort de Cesla Amarelle est effectivement incertain, car elle n’a été que très moyennement soutenue par son parti au premier tour, même si les dirigeants du PS affirment le contraire. A Lausanne, bastion socialiste, son score confirme que des règlements de compte ont eu lieu entre les ténors de la section locale et l’ancienne présidente du parti cantonal. Ces tensions internes fragilisent sa position.
C’est en définitive l’électorat vert qui détient peut-être les clés de cette élection. Les Verts et les Vert’libéraux sont en progression au Grand Conseil. Après le lancement du ticket Chevalley-Nicolet, les ténors verts sont restés très silencieux, n’entrant pas dans la polémique lancée par le PS. Vaud comme laboratoire au plan suisse, avec une Verte et une Vert’libérale siégeant côte à côte? Réponse le 21 mai.