Ainsi les Verts vaudois ont décidé de partir seuls dans la course au premier tour de l'élection au Conseil d'Etat. Et les commentaires de fuser: cette décision serait un acte d'émancipation, un geste courageux ou encore un signe de maturité. Dans une sorte de «coming out» libérateur, les écologistes se seraient enfin affranchis de la tutelle étouffante du Parti socialiste. Tutelle, vraiment? Qui fréquente les Verts sait pourtant que ce mouvement est autonome, libre de ses actes, de ses alliances, voire de ses propres membres.

Entre socialistes et écologistes, il n'y a, au contraire, ni vassal ni suzerain; mais une volonté commune, affirmée depuis quelques années, de travailler ensemble. Un choix qui jusqu'ici a d'ailleurs plutôt réussi aux Verts. Dernier exemple en date: les élections cantonales zougoises du week-end dernier. Plus près de chez nous, dans le canton de Vaud, ni Daniel Brélaz ni Philippe Biéler n'auraient été élus sans alliance et liste commune avec les socialistes. Si tutelle il y a eu, celle-ci fut à la fois choisie et manifestement bien vécue.

En réalité, le rapprochement opéré entre les Verts et les socialistes - puis plus largement entre toutes les composantes de la gauche - se fonde sur des arguments de raison. C'est d'abord le résultat de convergences politiques. Malgré d'indéniables différences, socialistes, Verts et popistes se retrouvent sur de très nombreux dossiers. Partant de là, la construction d'alliances politiques et de listes communes fut à la fois naturelle et nécessaire pour espérer progresser et construire de nouvelles majorités. Le processus fut long à mettre en place, les programmes communs laborieusement rédigés, mais cette dynamique, qui revendiquait l'unité dans la différence, a très vite donné des résultats.

Le plus emblématique fut bien sûr la victoire de la gauche à Lausanne en 1989; succès qui a ouvert la voie à de nombreuses autres conquêtes dans le canton. Toutes ces victoires ont permis la mise en œuvre de nouvelles politiques qui ont laissé une très large place aux idées prônées et défendues par les Verts.

La situation lausannoise est à ce titre exemplaire. Depuis 1990, l'amélioration de la qualité de vie est au cœur du projet de la majorité rose-rouge-verte. Réduction du trafic, développement des espaces verts et des zones piétonnes, tranquillisation des quartiers ou encore développement de la mobilité douce: cette politique s'est doublée de la mise en place d'un concept général de développement durable et d'une politique énergétique très progressiste. A côté de la politique sociale et familiale, ou encore du logement et de la culture, les questions de qualité de vie et d'environnement sont une des marques de fabrique de la majorité rose-rouge-verte. L'exemple lausannois montre combien la question des alliances relève d'abord d'un choix politique et non de simples considérations tactiques.

A cet égard, la décision prise par les Verts vaudois a de quoi surprendre. En compliquant les chances de la gauche de conquérir la majorité, ils prennent le risque de faire perdre leur propre camp. Et par là même leurs idées. Car sans majorité, les Verts n'auront guère de chance de mettre œuvre la politique pour laquelle ils se battent.

Signe de courage, acte d'émancipation: vraiment? En réalité les Verts ont surtout commis une erreur politique. Au nom d'intérêts strictement partisans, ils ont fait un choix contraire aux intérêts qu'ils défendent. Sur qui les Verts vont-ils en effet s'appuyer, si la droite est majoritaire, pour mettre en œuvre le plan directeur, promouvoir les énergies renouvelables, ou encore introduire une fiscalité écologique pour les entreprises? Sur ces thèmes comme sur d'autres, la gauche s'était pourtant mise d'accord avec la présentation d'une plateforme commune. Une fois de plus, ce texte a montré qu'au-delà de certaines tensions ou inimitiés, il existait une réelle convergence politique au sein de l'alliance rose-rouge-verte; une volonté commune de construire un canton plus solidaire, plus ouvert et plus respectueux de son environnement.

Au soir du premier tour, personne ne devra perdre de vue cet objectif. Il sera sans doute encore temps de se rassembler. Le seul courage qui vaudra alors sera celui de l'unité.

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