Une majorité s'est dégagée mercredi au Conseil fédéral en faveur d'une conclusion intégrale du dossier Schengen/Dublin, pour autant qu'une solution, qui reste à négocier, permette de garantir durablement le secret bancaire. On peut saluer sa décision, qui est un préalable à l'aboutissement des bilatérales. Il faut néanmoins intégrer dans l'appréciation de son courage toute l'aide que lui ont apportée les événements extérieurs. L'attentat de Madrid et la démonstration que le terrorisme ne connaît pas de frontières, la soudaine multiplication des problèmes entraînés par la seule non-appartenance de la Suisse à l'Union européenne, leurs retombées économiques et tout particulièrement les incidents à la frontière allemande ont entraîné le début d'une prise de conscience et un regain d'intérêt pour la politique européenne.

Un embouteillage est parfois aussi efficace qu'une campagne politique. Mais cette partie de l'opinion progressivement sensibilisée aux avantages de Schengen est sans doute encore loin d'être définitivement convaincue, ses bonnes dispositions demeurent fragiles. L'actualité de ces dernières semaines n'a, par ailleurs, en rien désarmé l'opposition tripale du courant conservateur et nationaliste. Les banques et l'économie se détermineront, quant à elles, en fonction de la marge d'incertitude juridique qui subsistera nécessairement autour du secret bancaire à l'issue des négociations, et leur marge de tolérance en la matière est relativement limitée. C'est dire que rien n'est encore acquis. Dans ce contexte extrêmement volatil, les belles âmes qui sont déjà entrées en trémulation avec en bandoulière l'adhésion pour la rentrée de septembre sont objectivement les meilleurs alliées des adversaires de l'Europe. L'histoire repasse parfois les plats et l'on ferait bien de se souvenir de la campagne pour l'EEE en 1992.

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