Oui, j’ai ri. Que voulez-vous, c’est humain: en écoutant les caciques du PLR annoncer le grand virage climatique du parti une bonne douzaine de secondes après les deux gros bouillons électoraux avalés à Zurich et à Lucerne, je n’ai pas pu me retenir. Pourtant, je sais que ce n’est pas bien de se moquer. Mais là, pardon, il y avait matière à faire une petite exception.

Successivement, le président de la section zurichoise, Hans-Jakob Boesch: «Le PLR doit faire valoir sa ligne sur la politique environnementale.» Puis Philippe Nantermod, à la radio: «On doit s’améliorer sur la question climatique.» Et enfin, madame la présidente, Petra Gössi: «Le PLR veut rendre concrète sa politique climatique et environnementale, et faire en sorte qu’elle soit plus visible et plus efficace.» C’est à ce moment-là que je me suis permis de plaisanter un peu sur les réseaux sociaux, avec un petit succès. Il faut dire que je n’étais pas le seul à ricaner. Petra Gössi en bonhomme Cetelem, c’est objectivement drôle.

Une jolie marge de progression

Branle-bas de combat à quelques encablures des élections fédérales: faisons très rapidement en sorte que notre politique climatique soit «plus visible et plus efficace»… sachant qu’il y a une jolie marge de progression sur les deux fronts. En particulier, celui de la visibilité: même les esprits les plus chagrins admettront qu’au PLR la question était un chouïa dissimulée derrière d’autres priorités, allant de la réforme fiscale à la prévoyance vieillesse, en passant par la voie bilatérale et la numérisation de l’économie (ou alors nous avions tous très, très mal compris).

Je me suis amusé, donc, et puis j’ai réfléchi. Cela m’arrive (ni très souvent ni trop longtemps, rassurez-vous). Je me suis imaginé à la place d’un adolescent qui marche pour le climat le vendredi et qui s’intéresse à la politique suisse (si antinomiques que puissent paraître ces deux propositions). Que préférerait-il, notre adolescent, sous son jeu de mots pancarté? Un triomphe des Verts à la prochaine échéance démocratique ou une élévation générale du niveau de préoccupation environnementale?

Que la peinture résiste!

Le jeune homme étant pascalien (je le sais, c’est moi qui l’ai inventé), la question ne fait pas un pli: il choisira l’élévation. Parce qu’il veut croire au destin cumulatif de la conscience climatique. Dût-elle passer par le plus criard des opportunismes, il préférera forcément une conviction partagée de moins en moins mollement par le plus grand nombre à une croisade d’avant-garde qui ne convainc qu’une portion de la cohorte.

Du coup, j’ai ravalé mon esprit moqueur. Pour me persuader que, tout compte fait, le greenwashing pourrait avoir du bon. A condition, bien sûr, que la peinture résiste à l’automne électoral.


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Dites-moi oui, Mesdames, s’il vous plaît!