En 2009, les coûts à la charge de l'assurance maladie sociale augmenteront, selon les prévisions de l'OFSP, de 4%. La hausse des primes, elle, sera de 2,6%. La différence sera financée par des dissolutions de réserves, au grand dam des assureurs qui crient à l'esbroufe et prédisent des lendemains qui déchantent.

Une chose est sûre: ce type de parade n'est pas répétable souvent, même si le niveau moyen des réserves devrait rester en 2009 assez largement au-dessus d'un minimum légal récemment abaissé. La manœuvre ressemble à celle réussie sur le prix des médicaments: un joli coup, susceptible de quelques prolongements intéressants mais bien loin des réformes structurelles dont on attendait naguère la maîtrise des coûts de la santé.

Cette tactique, qui signe toujours plus clairement la méthode Couchepin en la matière, a des relents politiciens indéniables. Mais elle a aussi de robustes vertus pédagogiques. Elle tourne le dos, d'abord, à l'illusion d'une solution toute faite qui verrait un surplus de concurrence ou de planification effacer d'un trait les réalités démographiques qui condamnent les coûts de la santé à continuer de croître. Elle s'attaque plus modestement à raboter ce qui peut l'être et à traquer le coulage. Sur des cibles qui ne sont pas choisies au hasard: les pharmas d'abord, les caisses ensuite, deux blocs d'intérêts puissants face auxquels l'Etat est souvent soupçonné de faire profil trop bas au détriment des payeurs de primes.

Les réserves ne constituent pas seulement une confortable cagnotte dans laquelle puiser pour moduler les hausses. Sous l'impulsion notamment du remuant Pierre-Yves Maillard, elles en sont venues à symboliser l'opacité qui continue d'entourer les stratégies des caisses. S'y attaquer, c'est dissiper un peu de cette dernière.

La potion peut sembler amère pour les assureurs. Mais elle aura peut-être des vertus roboratives: ils ont tout à gagner d'un regain de confiance dans un système dont ils restent les grands régulateurs. Pour le ministre, la situation est finalement plus délicate. Si les mesures prises cette année ont de quoi satisfaire en Suisse romande, elles amorcent une série de hausses peu populaires dans des cantons alémaniques habitués à considérer leurs primes modérées comme la récompense naturelle d'une grande frugalité médicale. La suite risque donc d'être plus difficile à négocier. Mais peut-être est-ce un successeur qui aura cette tâche?

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