éditorial

Vertus à reconnaître

Le recours au cannabis médical reste un parcours semé d’embûches

Editorial

Vertus à reconnaître

«Docteur, donnez-moi du cannabis.» La prescription de médicaments à base de cannabis est possible en Suisse, sur autorisation exceptionnelle et à des conditions strictes. Ce sont des patients souffrant de pathologies sévères, comme le cancer, le sida ou la sclérose en plaques, qui peuvent en bénéficier. On est bien loin du cannabis récréatif et de l’image de fumeurs de joints babas cool qui ne chercheraient qu’à planer.

L’usage thérapeutique de la substance est toujours plus toléré. Et reconnu des milieux scientifiques, malgré des réticences dues à certains préjugés et à la réputation sulfureuse de la plante. En Suisse, une dizaine d’autorisations sont délivrées chaque semaine par l’Office fédéral de la santé publique. Et la tendance est à la hausse. Le ministre Alain Berset lui-même l’a récemment rappelé.

Sur le plan politique, le débat avance. Le Conseil national vient d’accepter en juin une motion de la Vert’libérale Margrit Kessler qui propose un pas de plus: autoriser également le cannabis naturel à des fins médicales, comme alternative à celui de synthèse et à la teinture de cannabis.

Une démarche appuyée par certains médecins. L’auteur, qui se défend de vouloir relancer le débat sur la libéralisation, met le doigt sur un vrai problème: la plupart des patients qui répondent aux critères pour bénéficier de ces thérapies particulières y renoncent, à cause des lourdeurs administratives pour obtenir les ordonnances. Et parce que ces traitements, que les caisses maladie ne sont pas tenues de rembourser, restent coûteux. Par ricochet, ils préfèrent s’en procurer de manière illégale et se tournent vers le marché noir.

La substance n’a pourtant pas pour seule vertu de soulager des maux terribles. Elle permet également de diminuer des effets secondaires de traitements lourds, voire de renoncer à des antidouleurs. Et d’abaisser les coûts de médication. Le Conseil fédéral lui-même l’a admis, dans sa réponse à la motion de la conseillère nationale. Ces arguments devraient davantage peser dans le débat.

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