Hexagone Express

Qui veut la peau d’Emmanuel Macron?

Après avoir lancé: «La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler», le ministre français est devenu la cible favorite des réseaux sociaux et de ses adversaires politiques

Ils sont nombreux. Ils lui en veulent. Ils le craignent. Et ils ne le croient pas capables de résister à quelques bonnes chausse-trappes placées sous le tapis des réunions de son mouvement «En Marche», pour lesquels des escouades de volontaires ont commencé à faire du porte-à-porte. Lui? C’est Emmanuel Macron. Le ministre français qui se permet de dire à un syndicaliste, face caméra, que les beaux costumes comme les siens, «ça se paie» et qu’il faut «travailler pour cela». Celui, aussi, qui se retrouve ces jours-ci rattrapé par une facture fiscale pour cause de sous-évaluation d’une demeure appartenant à son épouse, avec obligation, in fine, de s’acquitter de cet impôt sur la fortune (ISF) qu’il suggérait justement de… supprimer.

Pas besoin, à ce stade, d’identifier ceux qui, à Paris, verraient d’un très bon œil la chute politique – si possible avec contusions durables – de cet OVNI politique hexagonal qu’est devenu, en quelques mois, le jeune ministre social-libéral de l’Economie.

Vous les connaissez tous, car ils occupent les premières places du pouvoir hexagonal depuis près de trente ans ou presque, alors que ce cher Emmanuel (38 ans aujourd’hui) n’était même pas encore assez grand pour écouter les leçons de sa prof de français en classe de première au lycée d’Amiens, Brigitte Trognieux, par la suite épousée.

Citons-en au moins trois, que le «phénomène Macron» énerve au plus haut point.

Missile sarkoziste

Nicolas Sarkozy d’abord, le président pas encore candidat des «Républicains» qui n’aurait pas hésité à balancer récemment à quelques journalistes choisis que ce ministre «ni de droite ni de gauche, mi-homme mi-femme» est certes très tendance, mais terriblement creux. Le missile sarkozyste fait mal et c’est normal: l’ex-chef de l’Etat français est un tueur politique patenté.

Il assimile Macron à un phénomène de mode, donc hyperpérissable, et commence – s’il a vraiment parlé de personnage «mi homme-mi femme» – à initier un peu le débat, sans en avoir l’air, sur la vie privée de l’actuel colocataire de Bercy. Enervement générationnel et médiatique: Sarko veut être seul à prétendre incarner la rupture, et redoute d’être à son tour ringardisé par cet apôtre de la disruption qui, en plus, pourrait bien fricoter un jour avec «le sage» Alain Juppé.

Manuel Valls ensuite. Là, c’est évident, l’actuel premier ministre social-centriste s’est fait piquer son créneau par celui qu’il avait, paraît-il, convaincu in extremis de rejoindre son gouvernement en avril 2014, alors qu’Emmanuel Macron lorgnait sur un enseignement aux Etats-Unis après avoir quitté son poste de conseiller à l’Elysée. 

Un dépit presque amoureux

On comprend le dépit, presque amoureux, du locataire de Matignon. Celui qui devait l’aider à consolider sa stature économique et ses réseaux patronaux lui a piqué son grisbi. Pire: il ose lancer un mouvement à ses initiales, pour mieux imprimer sa marque. Or tout le monde le sait et cela se voit: l'obsédé de la communication qu'est Manuel Valls a la rancune colérique et tenace.

Un troisième? Michel Sapin, le ministre des Finances et si vieux compagnon de François Hollande que tout le monde a l’impression qu’ils sont un peu des frères jumeaux. Pour celui-ci, l’offense est quotidienne. A l’Hotel des ministres de Bercy, leur QG respectif au bord de la Seine, le «grognard» Sapin, modèle d’énarque (promotion Voltaire, comme le président) passé par la case élu local (à Argenton-sur-Creuse, pas si loin de la Corrèze) et déjà ministre en… 1991, ne supporte pas la frénésie médiatique qui entoure «Emmanuel». La jalousie est un vilain défaut mais soyons franc: dans son cas, cela peut se comprendre.

Faites le compte, et il en manque un: François Hollande qui, selon les gazettes, aurait taclé son ex-conseiller, le qualifiant de symbole de «la fausse modernité» qui «prétend faire de la politique autrement et découvre le porte-à-porte». Sauf que là, tout se complique. Car une mise à mort rapide «d’Emmanuel» ne profiterait guère à celui qui rappelait encore récemment à la TV que «Il sait ce qu’il me doit». Un Macron en liberté, limogé du gouvernement et même affaibli par les rumeurs, pourrait carrément obscurcir le paysage pour 2017. En bien (si sa campagne décollait) ou en mal (s’il trébuche, mais commence à dire toutes les choses désagréables qu’il semble penser sur l’équipe au pouvoir).

Bref, ils rêvent tous de tuer Macron mais ont tous intérêt à le garder politiquement vivant. Dans son bocal. En espérant que le ministre de l’Economie, avant de leur piquer la place, affaiblira surtout leurs adversaires…

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