Conférence de conciliation

Qui veut la peau de l’assurance maladie en Suisse?

OPINION. Se payer une franchise à 10 000 francs pour payer moins de primes? Facile quand on gagne plus de 700 000 francs par an. La colère gronde, mais ceux qui ne veulent pas l’entendre ont peut-être de bonnes raisons

«Primes qui dépriment»: c’est sous ce slogan et bien d’autres que se réunissaient dans quelques villes de Suisse romande, samedi passé, des centaines de personnes sous un soleil radieux. Pour dénoncer l’inaction politique, pour exprimer l’indignation. Celle qui semble croître face à la hausse des primes. Face aux promesses que le système va s’améliorer, alors que rien ne vient.

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Il y en a aussi, disons-le, qui se chargent, sans qu’on leur ait demandé quoi que ce soit, de souffler sur les braises. Comme d’autres sans doute, j’ai d’abord cru à une blague ou à une erreur en lisant la première fois la proposition de la directrice de la CSS. Augmenter la franchise de l’assurance maladie à 10 000 francs ou comment, certes, baisser les primes, mais en tuant, au passage, l’esprit même de la LAMal, fondée sur la solidarité.

De par la loi, les assureurs sont supposés gérer le remboursement des soins et promouvoir la santé. Mettre le feu aux poudres du débat public ne fait pas encore partie de leur mandat. C’est une piste à étudier, se dit-on cependant, lorsqu’on apprend que la même directrice générale est aussi celle qui, avec 740 000 francs annuels, gagne le plus parmi les managers de caisses.

Pas une bourde, une tactique

La franchise à 10 000 francs est évidemment bien plus qu’une bourde de communication ou qu’une provocation. La tactique est connue et vise, par comparaison, à faire apparaître bien pâles les propositions qui sont actuellement dans le pipeline de la majorité parlementaire. Par exemple, reporter les coûts sur les assurés par un blocage des franchises sur trois ans, les indexer, ou même, pourquoi pas tant qu’on y est, introduire un nouveau palier à 4000 ou 5000 francs.

«La LAMal fait mal»

Dans le monde traversé de blocages de l’assurance maladie, la politique du pire n’a même pas besoin d’agents: elle se fait toute seule. «La LAMal fait mal», scande-t-on dans les rassemblements. Hélas, c’est aujourd’hui une douce musique aux oreilles des assureurs impatients de pouvoir vendre des produits sur mesure, de refuser les mauvais clients et de choisir les médecins qui seront remboursés. Ils attendent patiemment que le système implose, et son principe d’universalité avec. Le sursaut citoyen qui émerge doit continuer. Pour que l’intérêt général l’emporte à la fin.


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