Lorsqu’ils se rencontreront à Genève ce vendredi, les chefs de la diplomatie russe et américaine, Sergueï Lavrov et Antony Blinken, seront un peu comme des généraux qui déplacent leurs divisions sur un plan posé sur la table, et enregistrent leurs succès récents.

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Côté russe, la pression a été maintenue: la bataille, s’il le faut, peut être élargie à la Biélorussie, où des «exercices» militaires se dessinent; une cyberattaque a été lancée en Ukraine, les troupes tiennent, et d’autres manœuvres de déstabilisation sont envisageables. Côté américain: tout a été fait pour souder les rangs avec les partenaires européens – laissés jusqu’ici un peu de côté – afin de parler d’une même voix. A l’exception d’un écart incompréhensible de dernière minute du président américain Joe Biden, qui évoque de possibles divergences dans l’alliance, le message est devenu plus clair. Le camp occidental est prêt à riposter.

Des garanties «en béton armé»

En massant 100 000 hommes en armes à la frontière ukrainienne, le président russe a créé une tension faramineuse, sans précédent en Europe depuis des décennies. A tel point que la question est devenue presque un jeu-concours, qui circule dans les chancelleries occidentales, parmi les experts et dans des cercles de plus en plus larges et inquiets: que veut exactement Vladimir Poutine?

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Nous voulons des garanties «en béton armé», répond le Kremlin. Des garanties par lesquelles l’OTAN renoncerait à toute présence ou élargissement dans l’Est européen et permettant à la Russie de bénéficier de sa sphère d’influence, comme au bon vieux temps, sans interférences occidentales. Le président russe sait que cette exigence est irrecevable, tant de la part des Américains que des Européens. Il y va d’un principe fondateur de la paix sur le continent, mais aussi du respect de la liberté des habitants de ces pays, au demeurant de moins en moins enclins à se laisser séduire par les manières fortes déployées par Moscou. Mais rien n’y fait: pour la Russie, il s’agit, officiellement, de détricoter les résultats des trente ans qui ont suivi la guerre froide.

La porte de sortie est encore visible. Mais comment sort-on d’une impasse qu’on a soi-même créée avec tant de soin, tant il est vrai que l’Alliance atlantique n’est, en réalité, guère pressée d’aller s’étendre à l’Est dans un avenir prévisible? A tout moment, le Kremlin pourra se déclarer «vainqueur» d’une guerre qui n’a jamais existé. Mais il peut aussi s’employer à trouver le moindre prétexte pour faire usage de l’armada qu’il a amassée. Que veut exactement Vladimir Poutine?