Conférence de conciliation

Via Silentia

OPINION. Il paraît que les Confédérés en ont marre du bruit. Reste à savoir duquel. Quand on en parle, on voit que les mesures mises en place par les autorités paraissent peu enclines à réduire les nuisances qui pourrissent la vie et les nuits des citoyens

La moitié des Suisses n’en «peut plus» du bruit. Selon un sondage et selon mon entourage aussi. Alors la Confédération agit: ces jours, une nouvelle ordonnance a été adoptée, contre le bruit et les rayons laser. On serre la vis. Mais, comme à l’accoutumée, pas la bonne.

Comme en matière de libertés, le bruit des uns devrait s’arrêter là où commence celui des autres. Et pourtant, quand on agit sur la question, on s’attaque au volume que vous avez choisi pour vous-même. Celui de la fête. De toutes les manifestations. Du Paléo Festival comme du mariage de votre cousin. Et pas pour protéger le voisin de la fête, mais le fêtard lui-même.

Une rave party ou un concert de Rammstein, c’est bruyant. Sans blague? Et le public s’y attend. Dans un monde utopique, on considérerait les spectateurs comme des adultes. Des gens conscients qu’il n’est pas recommandé de poser sa tête sur les baffles de la grande scène du Paléo. Qu’à passer la moitié de sa vie en boîte de nuit, on passe l’autre moitié sourd comme un pot. Sans besoin de rajouter une couche administrative ou de coller des étiquettes de prévention: «La disco assourdit.»

Non. Quand les Suisses disent qu’ils en ont marre du bruit, ils parlent de celui qu’ils n’ont pas demandé. Celui qu’ils subissent en silence. Et selon le sondage en question, c’est d’abord celui du trafic.

Celui de la moto qui fait sauter les compteurs en pleine ville. En pleine nuit. Celui de ces maquilleurs de l’extrême qui profitent de l’installation d’un «spoiler» pour percer leur pot d’échappement. Quand ce n’est pas le constructeur qui s’y met. Audi propose un «système de gestion de la sonorité moteur». Un gadget qui vous permet «d’offrir à la demande une expérience sonore modifiée au relief particulièrement sportif». On s’en souviendra, merci du cadeau.

Plutôt que de protéger les gens contre eux-mêmes, protégeons leurs libertés et leur sphère privée. Un vrai programme pour respecter la loi. Une «Via Silentia», pour reprendre la nomenclature fédérale. Prêter une oreille attentive à la majorité de la population dont les doléances sont couvertes par le bruit des moteurs.


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