EXERGUE

La viande, le poisson et des couleuvres

La fraude sur l’étiquetage alimentaire est partout. Pas un jour sans un nouveau scandale. De quoi attiser la méfiance. C’est le moment de présenter l’aliment miracle. Devinez lequel.

Si ce n’est toi, c’est donc ton frère, «Le Loup et l’agneau», de Jean de la Fontaine.

Depuis une semaine, je ne m’endors plus en comptant les moutons – dont on n’a pas encore trouvé de traces dans d’autres viandes – mais en égrenant la liste des scandales alimentaires révélés depuis quinze jours. En général, je tombe de sommeil après l’épisode des boulettes Ikea, retirées de la vente dans 23 pays parce qu’elles contenaient du cheval. Une belle arnaque, moi qui pensais qu’elles étaient en carton recyclable.

Mais la fraude à l’étiquetage ne touche pas que la viande. L’organisation américaine Oceana révélait cette semaine qu’aux Etats-Unis, un poisson sur trois n’est pas vendu pour ce qu’il est: du tilapia en guise de rouget, du pangasius pour de la sole, du saumon d’élevage à la place du saumon sauvage. Tant de révélations ont de quoi ébranler les meilleures volontés. Moi qui ne suis pas de nature méfiante, je me suis surprise, l’autre jour, à avoir de drôles de pensées en découvrant qu’il manquait cinq poissons dans l’aquarium de mon restaurant de sushis préféré. Où étaient-ils? Etais-je en train de manger du poisson-clown ou du barbu cerise alors que j’avais commandé du bar – que certains appellent loup? Serais-je, bien à mon insu, complice d’un trafic de poissons rouges?

Même chez les humains, l’erreur d’étiquetage est possible. Je l’ai découvert à travers une polémique, littéraire celle-ci: DSK n’est pas seulement un homme, c’est aussi un «porc magnifique» selon la nouvelle Merteuil des lettres françaises, Marcela Iacub. Laquelle, amie des animaux, le compare aussi à un crocodile et à un caniche. Décidément, plus rien ne correspond à son appellation d’origine.

Bien sûr, je pourrais devenir définitivement végétarienne. C’est écologiquement préférable, mais cela n’empêche pas la tromperie. Souvenez-vous des scandales de la mozzarella à la dioxine, des huiles frelatées ou des pastèques chinoises explosives. Même le bio n’est pas sans danger. Pendant un été, je me suis privée de concombres espagnols, pensant qu’ils pouvaient contenir la bactérie E. coli. Les pauvres cucurbitacées n’y étaient pour rien. L’épidémie venait des graines germées d’une ferme bio allemande.

Même si l’ADN, ce justicier des temps modernes, permet de sanctionner les manquements des filières agroalimentaires, le soupçon ne fait que croître. Pour l’instant, nous en sommes au stade de la défiance, ensuite viendra le dégoût, puis le rejet. Et comme toujours, c’est à ce moment-là qu’un produit miracle viendra rafler la mise. Il sera sans risque pour la santé et de provenance claire; il ne fera pas souffrir les animaux et permettra de réduire l’effet de serre. Des études sérieuses estiment qu’il pourrait nourrir la planète sans nuire gravement à l’environnement. Ce produit existe déjà: la viande in vitro. Elle offre tous les avantages, sauf un: «Il faut que la population l’accepte dans son assiette. Ce n’est pas impossible, mais pour l’heure, ce n’est pas acquis», dit Mark Post, professeur à l’Université de Maastricht, le papa des premiers hamburgers artificiels.

Allez, encore quelques beaux scandales, et on s’y mettra tous.

Pour l’instant, nous

en sommes au stade

de la défiance,

ensuite viendrale dégoût, puis le rejet

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