La marche triomphale se poursuit. La victoire du «super-président» Erdogan en Turquie, ce week-end, semble confirmer l’inexorable montée en puissance du populisme et des hommes forts qui l’incarnent. De Trump à Poutine en passant par Orban – voire demain Mélenchon ou Le Pen – le monde est-il condamné à tomber entre les mains de dirigeants plus ou moins loufoques, nationalistes, dotés pour certains d’aspirations quasi dictatoriales?

A y regarder de plus près, leur avancée est moins irrésistible qu’il n’y paraît. Même en Turquie, où malgré une campagne biaisée en sa faveur, Recep Tayyip Erdogan ne gagne son référendum que d’une courte tête. Il devra batailler ferme pour imposer son agenda aux contre-pouvoirs qui restent – à commencer par le plus important, celui des électeurs.

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Ailleurs, la même situation se répète dans des contextes différents. Face aux résistances de la justice ou tout simplement de la réalité, Donald Trump a très vite abandonné une partie de son agenda, comme le montre son retournement de veste face à la Chine, qu’il n’accuse plus de dévaluer sa monnaie. En Grande-Bretagne, le gouvernement qui promettait un Brexit dur a mis de l’eau dans son vin à peine les négociations entamées avec Bruxelles. Même la Hongrie de Viktor Orban ou la Pologne archi-conservatrice restent, malgré leurs intimidations des médias, des ONG étrangères ou des migrants, des Etats européens régis par la démocratie et le pluralisme.

A chaque concession, les soi-disant hommes forts du populisme apparaissent pour ce qu’ils sont: des gesticulateurs à l’efficacité limitée. Ils font du bruit, mais ont de la peine à changer les faits sur le terrain. Malgré leurs rodomontades, ils doivent composer avec le système: la démocratie qui les corsète et les contraint, la globalisation qui limite la marge de manœuvre des dirigeants nationaux. Les populistes ont été digérés par l’ordre libéral contre lequel ils se sont fait élire.

Mais si le monde ne s’est pas écroulé, sa capacité d’absorption a des limites. Une victoire de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle française, dans trois semaines, sonnerait sans doute le glas de l’Europe telle que nous la connaissons.

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On ne peut donc pas décréter que le risque populiste a été maîtrisé. Au contraire, il se manifestera le jour où l’un de ces hommes forts, las d’être emmailloté par le système, voudra montrer qu’il peut vraiment faire une différence concrète. Par exemple en rétablissant la peine de mort en Turquie, comme Erdogan l’a annoncé. Ou, plus inquiétant, sur la péninsule coréenne, où un populiste américain en quête de succès et de crédibilité fait face à un dictateur qui, lui, n’est retenu par aucun contre-pouvoir.

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