«Genève a son premier membre du gouvernement MCG et musulman», lit-on ce lundi dans Le Matin, sous ce titre clair et net: «La revanche de Poggia», pour «une première historique», celle du Mouvement citoyens genevois (MCG), qui fait donc son entrée au Conseil d’Etat genevois. Avec lui, «cet «avocat originaire du Piémont, le «Rital» comme on l’appelait quand, petit, il habitait Meyrin» et que, bien plus tard, «le PDC dont il était membre n’avait pas voulu […] mettre sur sa liste des députés au Grand Conseil».

C’est ça, cette «revanche», celle d’une ascension au sein d’un parti formé de beaucoup de transfuges d’autres formations politiques. Voilà donc pour le personnage, qui s’impose au détriment des Verts, lesquels perdent un siège: dans 20 minutes, le président de l’exécutif encore en place, le socialiste Charles Beer, déplore d’ailleurs qu’«à part l’Exécutif monocolore de 1993, [ce soit] le pire score de la gauche depuis 50 ans».

«Construire l’opposition»

Oui, «la gauche a atteint un niveau historiquement bas», c’est «son plus faible score depuis la Seconde Guerre mondiale». Conclusion: il faut «construire l’opposition maintenant», selon l’injonction éditoriale du Courrier de ce lundi: «Elle doit impérativement se ressaisir. Renouer avec son électorat populaire et répondre à son malaise. Et commencer dès aujourd’hui à organiser un front de résistance avec les syndicats, les associations, les travailleurs, les précaires. Une opposition au parlement et dans la rue.»

Un contrepoids à la droite, pas seulement au MCG, donc. Car en face, on les voit sur toutes les unes, ce lundi matin, les gagnants du week-end, en rouge et jaune, bras en l’air, portant en triomphe leur poulain sur leurs épaules, criant victoire entre les dents ou sourire aux lèvres, avec Céline Amaudruz, leur alliée UDC, qui n’est jamais très loin sur les images.

«Réalité bouleversante»

Alors, «beaucoup de bruit pour rien»? suggère la Tribune de Genève (TdG), dont le rédacteur en chef répète, en gros et en vidéo, la thèse de son éditorial sur un gouvernement dit «multicomposite»: «La réalité est autrement plus bouleversante. […] Le changement de donne est là, visible, palpable, radical» et il ouvre deux scénarios possibles: le figement, ou non, de l’élu «sur les lignes du MCG, notamment en matière de préférence cantonale».

Car «si depuis des années la droite et la gauche ont l’habitude de gérer ensemble la cité de Calvin sans trop de heurts, c’est en revanche la première fois qu’un dirigeant d’extrême droite accède à un poste ministériel, écrit Le Point français. Comment ces partis […], tous favorables à la création du «Grand Genève» intégrant la France voisine, vont-ils pouvoir cohabiter avec un responsable du MCG hostile aux frontaliers?»

«Sans pousser le bouchon»

Bref, toujours pour la TdG, «collégialité, cohésion, action, tels sont […] les ingrédients clés pour affronter les immenses défis d’un canton tiraillé entre provincialisme et internationalisme, entre ouverture et repli sur soi, entre progrès et conservatisme». Dans le fond, on assiste à la mise en scène éclatante du traditionnel clivage politique gauche-droite.

Pour le quotidien 24 heures, les électeurs «semblent avoir vu l’occasion d’exprimer leur ras-le-bol… Sans pousser le bouchon trop loin.» A la vaudoise, en somme? Car «l’autre candidat MCG, le virulent Eric Stauffer, finit […] dernier, […] derrière l’UDC Céline Amaudruz». Est-ce «une leçon qui vaut certainement au-delà du bout du lac»? Le quotidien vaudois le croit.

«A la confrontation»?

De même que la Neue Zürcher Zeitung qui, dans son commentaire, voit dans le nouveau conseiller d’Etat «ein halber Populist» («un demi-populiste»), un «soft MCG»: «Maintenant, Genève a un visage politique qui fait penser à celui d’un autre canton, le Tessin», avec ses léguistes. Toutes proportions gardées, puisque Mauro Poggia «s’est clairement distancié des discours grossiers de son parti sur les frontaliers, ce qui n’a absolument pas plus à la base». Où certains le voient déjà comme un «halben MCG-Staatsrat» («un demi-conseiller d’Etat»). Ce qui rappelle étrangement, en leur temps, les critiques des blochériens vis-à-vis de leur «demi-conseiller fédéral» Samuel Schmid. Il ne faut donc pas exclure que l’élu aille «à la confrontation» avec ses collègues sur ce sujet.

C’est le danger du «renouveau centriste». Que L’Hebdo résume ainsi: «Une femme – «un jour noir pour les Genevoises», juge pour sa part le Tages-Anzeiger – six hommes, trois blocs, cinq nouveaux élus, deux sortants portés triomphalement en tête, pas moins de trois conseillers nationaux de retour de Berne, tel sera le gouvernement genevois. Il y a […] beaucoup de victorieux: l’entente PLR-PDC, le tandem PLR Maudet-Longchamp, le PDC qui gagne deux élus (et double sa représentation dans un gouvernement romand, une sacrée performance), le Vert Antonio Hodgers. «Et bien sûr» – mais ne devrait-on pas dire «surtout»? – «le MCG qui place Mauro Poggia au gouvernement».

Y aura-t-il un prix à payer? Clairement oui, pour Claude Ansermoz (@CAnsermoz), rédacteur en chef adjoint de 24 heures, qui lance sur son compte de microblogging: «Hey Twitter, on parie que Mauro #Poggia ne finira pas son mandat sous la bannière MCG?»

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