Après des semaines de blocages, la ratification par le Sénat américain du traité Start sur la réduction des armes stratégiques constitue une victoire historique pour Barack Obama, Prix Nobel de la paix 2009. Aucun président démocrate n’avait réussi avant lui à convaincre le Congrès d’adopter un document aussi fondamental en matière de désarmement nucléaire. Si Barack Obama nourrit depuis longtemps l’espoir d’un monde dénucléarisé, le soutien massif de l’establishment militaire et de grandes figures comme Henry Kissinger et Condoleezza Rice n’a pas été de trop. Le président aura dû recourir à un pragmatisme paradoxalement renforcé par sa défaite lors des élections de mi-mandat pour persuader une poignée de républicains de cesser de jouer avec des enjeux internationaux majeurs.

Le nouveau traité Start, négocié pendant des mois à Genève dans les missions américaine et russe, comble un vide dangereux. Depuis un an, les deux grandes puissances nucléaires sont dépourvues de tout mécanisme de vérification réciproque de leurs arsenaux respectifs, l’ancien traité ayant expiré le 5 décembre 2009. Il transmet aussi deux messages essentiels. Les deux puissances qui détiennent ensemble 95% des têtes nucléaires de la planète montrent un engagement ferme, bien que modeste, à réduire leur capacité de frappe de 30% au cours des sept années à venir. En prêchant par l’exemple, Washington et Moscou exhortent les puissances nucléaires en devenir comme l’Iran à renoncer à acquérir l’arme atomique ou la Chine à ne pas se lancer dans une périlleuse course aux armes atomiques.

Le nouveau traité Start, qui devrait être ratifié sans problème par la Douma ces prochains jours, est susceptible de relancer la dynamique du désarmement. Il pourrait pousser Washington à ratifier le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires et inciter à débarrasser l’Europe des armes nucléaires tactiques installées depuis des décennies. Il devrait favoriser la tenue de nouvelles négociations sur les forces conventionnelles dans un contexte sécuritaire européen en pleine mutation.

La ratification de Start, qui perpétue un régime de contrôle des armements qui s’était fortement développé dans l’immédiat après-Guerre froide, permet enfin à «l’esprit de Lisbonne» de continuer à souffler sur l’OTAN et la Russie, qui se sont engagées à entamer une coopération historique dans la capitale portugaise.