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Vie extraterrestre et obligation astronomique

«S’il y avait des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient être déjà chez nous. Où sont-ils donc?» Ce célèbre «paradoxe» a été écrit par Enrico Fermi en 1950 déjà

Editorial

Vie extraterrestre et obligation astronomique

«S’il y avait des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient être déjà chez nous. Où sont-ils donc?» Ce célèbre «paradoxe» a été écrit par Enrico Fermi en 1950 déjà. Le physicien s’est ajouté à la liste de ceux qui se sont interrogés sur l’existence de vie dans l’Univers, depuis Lucrèce en passant par Giordano Bruno, brûlé vif au XVIe siècle; sauf que sa phrase a davantage marqué les esprits.

Les technologies d’observation ont fait d’infinis progrès. L’on estime entre 10 000 milliards de milliards (10e22) et cent fois plus le nombre d’étoiles. Dont un pourcent pourrait être accompagné d’une copie de la Terre – considération d’ailleurs très anthropocentriste, comme si une «vie» ne pouvait pas poindre dans d’autres conditions. Or cela fait tout de même 100 milliards de milliards de berceaux potentiels à traquer.

Cela posé, deux courants de pensée s’affrontent. Le premier dit que la vie extraterrestre n’existe pas ailleurs, en expliquant, entre autres, que la Terre est unique, que s’applique le «principe anthropique», selon lequel les lois de la physique que nous observons sont justement celles qui permettent l’existence d’observateurs.

Pour les tenants de l’autre mouvance, des civilisations avancées peuvent habiter le ciel. Ce sont elles qui nous ont jusque-là laissés tranquilles, par méfiance, antipathie ou indifférence. Ils avancent aussi que l’homme n’a pas encore assez cherché, et pas depuis assez longtemps. Il est vrai que 65 ans de traque, c’est peu en regard des 13,7 milliards d’années de l’Univers. Et cela laisse bien des occasions pour deux civilisations évoluées, la nôtre et une autre s’étant développée des millions d’années plus tôt ou plus tard, de manquer leur rendez-vous.

Une idée évoquée par les deux camps est celle de civilisations ayant magnifiquement crû, certes, mais s’étant autodétruites depuis. Une explication peu étonnante, le paradoxe lui-même ayant été proposé au début d’une époque où les puissances fourbissaient leur arsenal nucléaire.

Bref, une myriade de voies de réflexion, et une incertitude sans fond. En revanche, une manière certaine de donner raison au premier groupe est de… ne pas chercher. Des astronomes américains viennent bien de conclure, après avoir observé 100 000 ga­­laxies, n’y avoir trouvé aucun signe de civilisation; certes en utilisant un postulat audacieux – que lesdites civilisations exploitent toute l’énergie disponible dans leur galaxie, au point de trahir leur présence. Cela ne signifie en rien la fin de la traque. Une chasse nourrie de la curiosité fondamentale qui a fait et fait avancer la science, façonnant ainsi notre civilisation.

En ce seul sens, chercher des signes de vie dans l’Univers n’a rien d’un passe-temps, d’une obsession ou d’une hérésie. C’est une obligation.

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