Une fois par semaine cet été, la revue de presse quotidienne du «Temps» se pare de couleurs historiques en allant faire ses emplettes sur le site LeTempsArchives.ch, qui regroupe les collections numérisées du «Journal de Genève», de la «Gazette de Lausanne» et du «Nouveau Quotidien». Pour faire résonner un fait d'actualité contemporain avec un autre, puisé dans le passé.

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En décembre 2019, on apprenait, complètement éberlués – il faut bien le dire – que Melania Trump exprimait ses opinions à travers sa garde-robe, qu’elle ne portait pas sa belle-fille Ivanka dans son cœur et qu'elle faisait chambre à part à la Maison-Blanche, selon la biographie non autorisée Free, Melania, de Kate Bennett, qui a fait jaser le Tout-Washington et autres pipelettes de notre genre.

Et voilà que paraît à son tour, nous apprend entre autres L’Illustré de ce jour, The Art of Her Deal: The Untold Story of Melania Trump, issu du clavier de «la chevronnée journaliste politique» du Washington Post Mary Jordan. Avec un sourire un poil crispé sur la couverture pour «un coin du voile levé»… Si «la Maison-Blanche a d’ores et déjà dénoncé un ramassis d’inventions», c’est le fameux deal qui est intéressant. Soit le contrat de mariage. Et là, ni une ni deux, on se souvient d’une épouse précédente, née à peine un mois avant l’assassinat de John Kennedy.

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C’est une actrice et animatrice de télévision américaine aujourd’hui un peu oubliée qui, au hasard des mondanités, le rencontre en 1989 et entretient avec lui une relation particulièrement médiatisée. De cet audacieux frai naît une fille, Tiffany, quatre ans plus tard, qui aujourd’hui se repaît de sa prestigieuse ascendance sur son compte Instagram. Suit immédiatement un mariage presque forcé pour sauver les apparences, au Plaza de New York.

Mille invités, dont O. J. Simpson, alors star du football américain et adepte du slogan «amour, gloire et beauté», juste avant qu’il ne chute lourdement sur les gazons maudits du fait divers. Les paillettes, elles aussi, se sont envolées: le divorce est prononcé en 1999. Mais de quelle golden girl parle-t-on? De Marla Ann Maples, nom de sort! Un nom qui claque comme dans les romans d’Agatha Christie. Celle dont Le Nouveau Quotidien annonçait pourtant déjà le 16 octobre 1992 qu’un certain milliardaire américain s’était séparé d’elle…

… Au terme d’une relation dont la presse populaire [avait] fait ses choux gras.

Je t’aime moi non plus, je te quitte, je te raime, je te requitte. «C’est beau, New York, New York USA»: Gainsbourg le savait depuis l’aube des années 60. Et c’était aussi pour ses «beaux yeux» que le roi de l’immobilier new-yorkais avait déjà divorcé d’Ivana Zelnickova, alors mannequin d’origine tchécoslovaque, là encore «pratiquement par presse interposée». L’entrefilet «Qu’en dira-t-on» du NQ ne dit par contre rien du regard roucoulant de l’homme dont on parle abondamment ces jours-ci et depuis bien longtemps, ni de son sourire Pepso – crispé, crispé, c’est une manie! – sur le col de sa chemise à rayures.

Mais Marla se doutait-elle alors qu’elle aurait pu devenir première dame aux côtés d’un homme avec lequel Cupidon n’a jamais su vraiment quoi faire? Non, elle a préféré croire Donald Trump, qui lui aurait dit qu’«un mariage était hors de question et qu’elle ferait mieux d’envisager sa vie» sans lui. Oh, le vilain gros mensonge… Enfin, à moitié… D’où le titre du journal de l’époque, qu’on n’oserait d’ailleurs plus faire à l’ère post-#MeToo: «A vos marques: Donald Trump est libre.» Décidément, «il est des jours où Cupidon s’en fout»:

«Pour changer en amour notre amourette/Il s’en serait pas fallu de beaucoup/Mais, ce jour-là, Vénus était distraite»… «Avant Melania», donc «mais après Ivana»: Donald Trump a été marié à Marla Maples dans les années 1990. «On effeuilla vingt fois la marguerite/Elle tomba vingt fois sur «pas du tout»/Et notre pauvre idylle a fait faillite/Il est des jours où Cupidon s’en fout.» Et des jours comme il y a un peu plus d’une année, «des détails sur les clauses de leur contrat de mariage» ont été divulgués par l’édition américaine de Vanity Fair, reprise par Madame Figaro.

Un «document horrible»

En plus de rappeler que l’effeuilleuse de marguerites avait été «quittée par voie postale», le magazine rapportait «certaines informations» sur les «clauses de son contrat de mariage». Un «document horrible», confesse Donald. Où l’on apprend qu'«en cas de divorce, il s’engageait à verser 100 000 dollars de pension annuelle à leur fille jusqu’à ses 21 ans. Une aide qui serait aussitôt stoppée si celle-ci venait à s’enrôler dans l’armée ou le Peace Corps»… Cette «agence indépendante américaine dont la mission est de favoriser la paix et l’amitié du monde»: le programme politique était déjà là, le 1600 Pennsylvania Avenue plus très loin, dans le fond.

Comme il y a eu effectivement divorce, le document a été utile. «Dès 1997, Donald Trump congédie sa femme en lui envoyant [une] simple lettre». Par FedEx: dans le genre sommet de goujaterie, on a rarement fait mieux. Mais il faut aussi savoir que lors de la conclusion de ce contrat, Donald Trump venait de subir «de plein fouet la crise immobilière des années 1990», il était au bord de la banqueroute, même forcé de vendre «son yacht de 85 mètres pour renflouer ses caisses».

Ensuite, Marla a encore fait les gros titres des journaux en témoignant sur sa complicité intime avec Donald Trump – «Best sex I’ve ever had», déclare-t-elle dans le New York Post à l’époque, à côté du «bon coup» replet de satisfaction mais assez mal détouré. Depuis, quelques eaux ont évidemment coulé sous les ponts dans cette Amérique que le locataire en fin de (premier?) bail à la Maison-Blanche veut encore et toujours «great again». Et Marla a même participé en 2016 à Dancing with the Stars, faute de danser dans la cour des grands la même année.