Ne dites pas que vous ne l’avez pas remarqué. Béatrice s’est posée dans son jardin, Florent n’a pas rangé la cuisine où il s’est installé. Et, tiens, Edgar a des enfants…

Incroyable ce qu’une vidéoconférence peut donner d’informations sur vos camarades de boulot. Et un peu dérangeant, aussi. «Si vous ne souhaitez pas que vos collègues voient votre intérieur, vous pouvez télécharger un fond virtuel (une bibliothèque de livres bien fournie pour vous donner un côté intello ou le San Francisco Bridge pour avoir l’air d’un startuper de la Silicon Valley) afin de rester digne pendant les réunions de service, malgré un espace de travail restreint partagé avec l’ensemble de la famille.» C’est France Info qui l’écrit à propos de l’application Zoom, qui permet d’organiser très facilement des vidéoconférences à plusieurs. Un article parmi les dizaines d’autres consacrés ces jours aux meilleurs outils de télétravail, et à la meilleure façon de gérer cette nouvelle vie qui est la nôtre.

Dans «Le Temps»: Contre le coronavirus, le télétravail

et encore: Coronavirus: voici les meilleurs outils pour être efficace en télétravail

Car le home office, ce bureau à la maison, est partout dans la presse, confinement oblige. Huit jours que ça dure pour des millions d’Européens, et encore plus pour beaucoup de travailleurs qui ont été confinés plus tôt, ou se sont auto-confinés. Cette expérience sociale d’enfermement collectif est historique. Alors forcément, il y a des plaisanteries, innombrables, qui veulent détendre l’atmosphère – comme la séquence avec cette Espagnole en pleine téléconférence devant son ordinateur tandis qu’un homme peu habillé passe dans le champ de vision derrière elle. C’est un de ses interlocuteurs à distance qui a diffusé le petit film, plus de 4 millions de vues sur Twitter en quelques heures.

On se souvient du petit film de l’expert de la BBC dont un des enfants s’attardait dans le champ de vision derrière lui avant d’être finalement exfiltré de son bureau; là encore c’était l’interlocuteur de l’autre côté de l’ordi qui avait diffusé la séquence. Des problèmes de confidentialité des réunions encore peu explorés: la presse abonde surtout en conseils, d’abord pour les travailleurs confinés. Comment ne pas devenir fou quand la séparation s’efface entre travail et vie intime, entre le bureau et la maison?

«Il n’y a plus ce déplacement vers l’extérieur, c’est nécessaire de remettre de la circulation chez soi», explique Catherine Gadea, une sophrologue et somatothérapeute interrogée par RTL. Et pour recréer une «distance géographique» entre les espaces de travail et de vie privée, intime, il est intéressant «d’alléger son appartement, de faire du tri, d’éviter le désordre. On peut mettre les objets dans une caisse ou à la cave si on en a une», donne-t-elle en exemple. Une autre thérapeute, Vanessa Boissard, toujours sur RTL, insiste aussi sur l’importance de conserver sa routine. «Ne pas rester en pyjama, mais établir une liste des choses à faire, mettre en place des horaires de début et de fin de journée de travail, et également garder des contacts téléphoniques avec ses collègues.»

La tentation du pyjama

Traîner en pyjama. On en a tous eu la tentation, bien sûr. «Parmi mes objectifs de cette journée? Ne plus être en pyjama pour 10h, l’heure de ma téléréunion. Le télétravail est un défi [...].» La journaliste du Sacramento Business Journal Sonya Sorich appelle ainsi ses lecteurs à témoigner de leur nouvelle vie confinée à la maison en promettant de publier les plus intéressantes parmi les photos de télétravail que ses lecteurs lui enverront. Une bonne idée?

Certes, la possibilité de travailler chez soi reste une chance formidable pour ceux qui le peuvent. «Télétravail pour toujours?» se demande ainsi le Djakarta Post, qui relate comment, en Malaisie, les administrations ont à leur tour demandé aux fonctionnaires de travailler chez eux, après les grandes entreprises. Dans beaucoup de métiers, «les rencontres physiques ne font que coûter de l’énergie, du temps et de l’argent, dans Djakarta saturée d’embouteillages». Et de recenser aussi «les gains en coûts opérationnels, de l’électricité aux factures d’eau, sans compter l’amélioration de la circulation sur la route et donc aussi une baisse de la pollution». Un discours probablement valable aussi dans l’Arc lémanique… Mais sous nos latitudes, l’heure est plutôt au questionnement, à l’inquiétude, le télétravail est désormais présenté sous un jour moins riant.

Le collectif, le collectif, le collectif

La presse revient aussi sur les défis qui se posent aux organisations, face à leurs travailleurs confinés. «Mon patron doit-il me payer ma facture d’électricité? Suis-je assurée si je me casse le pied entre la cuisine et le salon? Toutes ces nouvelles questions doivent être clairement résolues», pose le Spiegel. «Les salariés ont besoin de savoir qu’il y a un collectif autour d’eux. Sans ce collectif, il est difficile de dispenser les indispensables encouragements et félicitations, recommande le spécialiste de communication de crise Cyril Arcamone dans Les Echos. Il faut en outre veiller à ne pas mettre les salariés dans des situations d’hystérie en envoyant des messages dans tous les sens et par tous les canaux.»

L’Agefi revient aussi sur le défi posé aux entreprises, «qui ne doivent pas considérer le télétravail comme une simple délocalisation». Il est ainsi primordial de recréer du lien social, comme celui qui existe autour de la machine à café. «Par exemple, les dix premières minutes d’une conférence téléphonique peuvent être officiellement consacrées à des échanges informels, explique Philippe Guibert, directeur médical chez International SOS, dans une dépêche AWP reprise par L’Agefi. Comment les gens vivent cette situation. Penser à la vie sociale de l’entreprise avant de passer au travail.» International SOS expérimente cela en Italie, très touchée par le coronavirus et où le confinement est strict. «Nous avons mis en place une nouvelle communication depuis un mois. […] On se parle tous les jours et on commence par évoquer la santé de chacun. C’est devenu une routine […] qui va certainement demeurer après.»

Télémusitravail

Enfin, ne manquez pas l’article très original de France Musique sur les musiciens qui ont bien du mal à télétravailler. Heureusement que la notion de «troubles anormaux du voisinage» s’efface en temps de coronavirus, pour le plus grand bonheur des professeurs de saxo ou des chanteurs. La palme à ces sites qui permettent à des internautes de commenter en direct les répétitions des artistes. Ensemble, séparément!

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