La vie privée secouée par la vague numérique

Récemment, un magazine divulguait le nom d’un journaliste impliqué dans une affaire de mœurs, justifiant que son hyperactivité sur les réseaux sociaux faisait de lui une personnalité publique. La société numérique détruit-elle les frontières public/privé? L’avis d’un juriste et d’un sociologue

«Longue vie aux prénoms d’emprunt!», par le juriste Nicolas Capt

En ces temps troublés où certaines plumes irrévérencieuses tombent sous les balles et où la liberté d’expression, sujet de discorde habituellement réservé aux républiques exotiques et aux régimes autoritaires moustachus, revient hanter les conversations, il n’est pas sans pertinence de s’interroger sur ses limites, puisqu’une liberté, même fondamentale, ne se conçoit au fond que par les limitations qui lui donnent corps.

Pour la presse, l’une d’elles consiste, par exemple, à éviter de citer nommément un individu qui fait l’objet d’une procédure pénale en cours. Il s’agit par ce biais de ne pas rendre possible son identification, ce pour préserver ses droits de la personnalité et, corollairement, son droit à la présomption d’innocence... Lire la suite

«Les nouvelles normes de la transparence», par le sociologue Sami Coll

Les études sur la surveillance se penchent depuis plusieurs dizaines d’années le risque les effets sociaux des technologies de l’information, en particulier le risque qu’elles représentent pour les libertés individuelles. Relativement négligées jusqu’à récemment, elles ont gagné en pertinence avec un nombre croissant d’affaires relevées par les médias. Dont celle d’un jeune journaliste, très actif sur les réseaux sociaux, inquiété par la justice pour une affaire de mœurs (voir LT du 24 janvier 2015).

La question de savoir s’il était légitime de dévoiler son identité dans les médias a été le sujet d’un débat complexe qui a dû être prise en charge, lui aussi, par la justice. Cette question s’est posée aussi dans l’affaire Swissleaks: certains médias ont choisi de publier des noms, d’autres pas, tel Le Temps. Le fait qu’une personne soit une personnalité publique, ou fasse des efforts pour le devenir, devrait-il la priver irréversiblement du droit à l’anonymat? ... Lire la suite

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