La crise sanitaire a accéléré une tendance démographique à la diminution des naissances en Europe. «Le Temps» consacre une série d’articles à ce phénomène.

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L’espoir de voir le continent européen s’ébrouer dans un remake des Années folles après la pandémie de Covid-19 est tout sauf une consolation. Certes, imaginer que nos pays et nos sociétés, Suisse incluse, retrouveront le goût forcené de la fête et du bonheur après plus d’une année d’état d’urgence sanitaire est un scénario fertile.

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Consécutives à l’hécatombe de la Première Guerre mondiale, les Années folles (1920-1929) furent un festin permanent de créativité et de plaisirs. L’Europe grièvement blessée, soudain, redevint synonyme de vie et porteuse d’avenir. Jusqu’à ce que la crise économique, la montée du nazisme et l’ombre du second conflit mondial la plongent dans une obscurité encore plus tragique…

La libido endommagée

A cette comparaison historique inquiétante s’ajoute, en plus, une réalité aujourd’hui avérée: celle d’un vieillissement accéléré du continent européen, où l’augmentation du nombre de décès dus au coronavirus s’accompagne d’une nette baisse de la natalité. Partout, et en particulier dans les pays du sud (Italie, Grèce, Espagne), le recul des naissances en 2020 torpille l’hypothèse d’un confinement propice au désir d’enfant. A l’évidence, l’anxiété, l’explosion du chômage, l’absence de visibilité économique pour les années à venir ont sérieusement endommagé notre libido. La déjà vieille Europe pourrait bien devenir, après le traumatisme du covid, une trop vieille Europe.

A l’heure où le continent est confronté à de sérieux défis géopolitiques, cet infléchissement démographique est un signal d’alarme supplémentaire. L’exemple du Japon, où le taux de natalité est un des plus bas du monde et où les plus de 65 ans représenteront 40% de la population en 2050, montre qu’une puissance vieillissante perd inexorablement de son rayonnement et de son dynamisme économique, même si le niveau de chômage de l’Archipel demeure un des plus bas du monde.

Une liste d’urgences

La situation géographique de l’Europe, destination naturelle d’émigration pour des populations africaines toujours plus jeunes, oblige aussi à regarder en face un métissage de plus en plus annoncé. La crise sanitaire, en clair, est un accélérateur structurel des fractures et des faiblesses du monde d’avant…

Plus que jamais, l’urgence est donc, pour les pays de l’Union européenne et pour leurs partenaires, de poser ces questions et de remettre la prospective au centre de toutes leurs initiatives: vaccinales, économiques, industrielles, sociales et stratégiques. Le pire serait que cette baisse de natalité conduise les gouvernements à moins penser l’avenir. Et à oublier que le sort de cette trop vieille Europe dépend, plus que jamais, de la fertilité des jeunes générations d’Européens.


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