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Entrée en fonction du nouveau conseiller fédéral Ignazio Cassis au poste de ministre des Affaires étrangères. Berne, 1er novembre 2017.
© PETER KLAUNZER/KEYSTONE

Incidences

Que vient faire Ignazio Cassis à Genève?

OPINION. Le nouveau ministre des Affaires étrangères visite le siège européen de l’ONU en Europe. Un mois après sa prise de fonction, ce déplacement revêt une valeur symbolique, écrit notre chroniqueur François Nordmann

Le conseiller fédéral Ignazio Cassis, chef du DFAE, rendra visite à Michael Moller, directeur général de l’Office des Nations unies à Genève, et à d’autres chefs d’agence le 5 décembre prochain. Ce déplacement, un mois après sa prise de fonction, acquiert une valeur symbolique: il démontrera concrètement l’importance qu’il accorde à au multilatéralisme, au rôle de la Genève internationale et donc à la politique étrangère comme telle. C’est une réaffirmation bienvenue et nécessaire.

Lire aussi: La diplomatie suisse, les élites et le jeunisme

Dans un éditorial polémique qu’on croirait lire dans la Weltwoche, la NZZ écrit: nous avons un nouveau ministre des Affaires étrangères, mais pour autant avons-nous une politique extérieure? La Suisse s’est toujours méfiée du décorum qui accompagne la diplomatie et n’a en vérité qu’une politique économique extérieure. Si la politique européenne a son importance, elle ne saurait prétendre à l’exclusivité. Nous avons aussi des intérêts économiques en Asie et en Amérique du Nord. La politique traditionnelle consacrée au culte du Vrai, du Beau et du Bien est insuffisante. Elle doit intégrer la dimension militaire, la sécurité, la migration et le renseignement et s’occuper davantage de l’économie et de la défense (même si c’est l’affaire d’autres départements fédéraux). Et la neutralité est obsolète (écho du langage de Trump au sujet de l’OTAN), elle n’a été d’aucune utilité lors des attaques contre le secret bancaire et n’a pratiquement plus de sens face aux menaces d’un monde globalisé (cyberattaques). C’est un élément mou de la politique extérieure. Il incombe au nouveau chef du DFAE de l’expliquer à un peuple qui paraît vivre dans un conformisme naïf dont le héros serait Nicolas de Flue, conclut le quotidien zurichois.

Mission propre du DFAE

Dire qu’il n’existerait pas de politique étrangère suisse à proprement parler nous ramène cinquante ans en arrière. La Suisse a des intérêts politiques à faire valoir sur la scène internationale, en plus des valeurs qu’elle défend. Preuve en est la visite du chef du DFAE à l’ONU à Genève. L’absence de l’UE a pour effet d’isoler la Suisse sur le continent: elle compense ce désavantage en déployant la panoplie d’une diplomatie originale, qui possède ses caractéristiques propres. Il est vrai que parfois l’action de la Suisse peut paraître top idéaliste. Offrir urbi et orbi ses bons offices est devenu un réflexe pas toujours réaliste – il conviendrait de mieux cibler l’offre en fonction de nos capacités réelles et de se concentrer sur la valeur ajoutée que la Suisse peut apporter.

Il est vrai que parfois l’action de la Suisse peut paraître top idéaliste. Offrir urbi et orbi ses bons offices est devenu un réflexe pas toujours réaliste – il conviendrait de mieux cibler l’offre en fonction de nos capacités réelles

Selon l’art. 54 de la Constitution, qui se réfère à la politique étrangère, la Confédération s’attache à l’indépendance et à la prospérité du pays. Ce n’est pas un programme politique, mais l’énumération de certains thèmes (lutte contre la pauvreté, droits de l’homme, préservation de la nature) à la réalisation desquels la Confédération contribue. Cette exigence n’est pas incompatible avec une vision stratégique, définissant un intérêt qui tienne compte plus spécifiquement de la situation du pays. Le DFAE a sa mission propre, qui n’est ni celle du Département de la défense ni celle du Département de l’économie.

L’Europe au cœur de la diplomatie

Enfin, loin de se refermer sur l’Europe, la Suisse a établi depuis une quinzaine d’années des partenariats stratégiques avec les grands pays d’Amérique du Nord, du Sud, de l’Asie et de l’Afrique. Les relations bilatérales avec les Etats membres du G20 et d’autres pays clés sont privilégiées. Des échanges réguliers ont lieu sur la politique, les droits de l’homme, les relations économiques, que ce soit avec le Brésil, la Chine, les Etats-Unis ou autres. Est-il possible de développer encore ce type de relations? Il faudrait pour cela commencer par étoffer davantage en personnel les divisions politiques du DFAE qui en sont chargées et sont actuellement sous-dotées. Cependant dans tous les cas de figure le dossier européen reste au cœur de la diplomatie suisse, en raison de notre situation géographique au centre du continent, des enjeux politiques et du volume des échanges.


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