La Hongrie vient d'élire un nouveau parlement. La campagne électorale a fourni un nombre considérable d'événements qui font peur à tous les démocrates convaincus. Elle a démasqué les dirigeants actuels du Parti socialiste, leur incapacité à penser le monde autrement que dans le cadre d'un système politique et économique totalitaire. Les anciens cadres du Parti communiste convertis en «bons démocrates» ont multiplié des déclarations dignes du passé dictatorial. L'état de droit a été régulièrement bafoué.

Voici quelques exemples majeurs de violation de la démocratie. Le Parti socialiste - héritier des structures et de la fortune du Parti communiste - a distribué aux ménages hongrois un simulacre de fiche de vote avec le seul nom du candidat du gouvernement sortant, marqué d'une croix de vote, suivi de la mention: seule manière de voter valablement. La suggestion est claire, le seul candidat à choix serait celui du Parti socialiste. Un vent du passé totalitaire paraît soudain souffler en Hongrie. Le fait que la poste nationale a distribué ces «exemples» de fiche de vote sous le même pli que le document officiel invitant les électeurs à se rendre aux urnes ne fait que renforcer l'illusion trompeuse qui empêche les électeurs de pouvoir clairement identifier le dépliant politique des socialistes en tant que tel.

Outre ce grave événement, le ministre des Finances a menacé dans son discours électoral les maires des villages dont la population ne voterait pas pour les candidats du gouvernement sortant. Il a laissé entendre que les villages votant pour l'opposition bénéficieraient de moins de subventions financières de la part du gouvernement après les élections. Une telle déclaration est plus que préoccupante, quand on sait que c'est le nouveau gouvernement qui gérera les fonds de financement européen destinés à développer les régions défavorisées de la Hongrie. Les maires ont donc adressé une lettre au président de la République hongroise (l'ancien juge constitutionnel László Sólyom), dans laquelle ils lui demandent de veiller sur l'ordre démocratique du pays et de protéger les intérêts des communes menacées en raison de leur opinion politique.

L'une des dernières violations de l'ordre légal du pays a été la perquisition par la police dans le bureau d'un député sortant de l'opposition alors qu'il bénéficie de l'immunité parlementaire. L'intervention de la police et l'interrogatoire subi par le chef de cabinet du député s'inscrivent dans la volonté d'intimidation que le Parti socialiste a choisie comme outil de campagne électorale.

Les milieux politiques ne sont pas les seuls qui sont touchés par les abus de pouvoir du gouvernement sortant. Un humoriste réputé a vu censurer juste avant les élections son émission télévisée en raison de son humour acerbe. Cette attitude rappelle étrangement la volonté d'intimidation des dernières années du régime communiste hongrois. Les interventions policières musclées ne font que renforcer les doutes sur la conviction démocratique du gouvernement socialiste sortant. Dans le cadre d'une manifestation culturelle, un étudiant s'est fait embarquer par la police après avoir accusé le premier ministre de trahir sa patrie. Un politicien connu, ancien résistant anticommuniste, a été arrêté par la police pendant une manifestation politique. Et la liste ne s'arrête pas là.

La question brûlante est donc de savoir où commence la violation de l'ordre démocratique et quelles sont ses conséquences dans un pays qui, par la révolution de 1956, par l'ouverture de ses frontières aux Allemands de l'ancienne RDA et par le changement politique de 1989, a résolument tenté de s'engager sur la voie démocratique.

La démocratie et la liberté d'expression, comme l'indique d'ailleurs également le rapport d'Amnesty International, offrent toutes les apparences de ne pas être respectées dans le pays depuis quatre ans de gouvernement socialiste et dix-sept ans après la chute du communisme. L'ordre démocratique du pays est plus que jamais en danger depuis 1989.

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