Il restera sous perfusion, pour des mois, voire des années. Mardi soir, quelques heures après un verdict du Conseil d’Etat français, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) décidait le maintien en soins de Vincent Lambert. Enième épisode d’un feuilleton qui déchire la France autant que la famille du blessé grave. Depuis un accident de la route en 2008, ce paraplégique de 38 ans, qui était infirmier, est hospitalisé à Reims dans un état qualifié de végétatif, dit «pauci-relationnel». iTélé propose un rappel des principaux faits de ce drame, depuis 2008. Citée dans une dépêche de l’AFP relayée notamment par France 24, la CEDH a tenu un propos ferme, s’agissant du maintien du blessé dans son contexte actuel: «Cette mesure implique que Vincent Lambert ne soit pas déplacé avec le but d’interrompre le maintien de son alimentation et de son hydratation».

Peu auparavant, le Conseil d’Etat avait créé la surprise. La haute hiérarchie du Conseil d’Etat, «fin du fin de la justice administrative [et] assemblée du contentieux» selon le Figaro, avait tranché en faveur de l’arrêt des soins. Il s’opposait ainsi à l’avis du corps médical. Avant que la décision soit rendue publique, Le Monde avait détaillé les nombreuses conséquences de ce choix.

Le sort de Vincent Lambert oppose depuis des années ses parents, favorables à ce qu’il reste à l’hôpital, et la plupart de ses proches, qui plaident pour le laisser partir. Reprise aussi bien par les partisans de l’euthanasie que les catholiques rigoristes, la polémique, raconte FranceTVInfo, oppose surtout la mère et l’épouse. L’article détaille en particulier le cheminement de la femme de Vincent Lambert, d’abord favorable aux soins, qui l’avait fait déplacer de Belgique où il avait été accueilli un temps après Reims, et où le corps médical avait, pour la première fois plaidé pour l’euthanasie. En février 2013, précise l’article, l’épouse «finit par accepter la décision médicale, à savoir l’arrêt de la nutrition artificielle, son unique traitement. «Je savais que c’était une vie dont il n’aurait pas voulu. Nous sommes tous les deux infirmiers, nous en avions parlé» confie-t-elle. L’équipe du docteur Kariger démarre le protocole de fin de vie […]. Mais les parents, Pierre et Viviane Lambert, refusent ce choix auquel ils n’ont pas été associés. C’est la rupture familiale.»

Au fond, les divisions familiales donnent chair au débat de société et de valeurs que l’affaire suscite. Certains craignent même que cette dispute entre parents affaiblisse la famille dans ces cas tragiques, au profit des instances officielles, médecine ou justice, relatait Le Figaro. Il cite Philippe Petit, administrateur de l’Union nationale française des associations de familles de traumatisés crâniens et de cérébro-lésés: «Cette affaire a pris une telle ampleur et donné lieu à tellement d’expertises qu’elle aura évidemment une portée au-delà de cette seule histoire. Les familles ont peur que demain on leur impose des décisions d’arrêt d’alimentation et d’hydratation.» A travers cette association, le journal relaie les craintes de parents de victimes: ««Un sourire de mon fils, c’est énorme, cela remplit ma journée. J’essaye de défendre un chemin de vie possible, une relation nourrie de petits riens, de choses infimes mais précieuses, décrit la mère d’un jeune cérébro-lésé. Le discours ambiant est d’une immense violence. On est en train de nous dire qu’il s’agit d’acharnement thérapeutique, que cela n’a aucun sens, de réduire à néant tous nos efforts et ceux du personnel soignant.» «On se dirige vers une société qui élimine les plus faibles, les plus handicapés. Le regard se durcit sur les personnes en extrême dépendance, estime une mère d’un patient pauci-relationel. Cela fait peur. Va-t-on me demander de le faire partir? Le médecin va-t-il respecter la procédure?»»

La décision de la CEDH n’étant qu’un genre d’effet suspensif, la délibération et le verdict de cette cour pourraient prendre des années. Autant de prolongation du débat. D’autant que, indiquait un article du Figaro, toute décision en la matière pourrait concerner jusqu’à 1700 familles dont un membre est affecté par de telles lésions cérébrales.

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