La vie à 25 ans

La vingtaine, quand fleurit la fratrie

OPINION. Jeune adulte, on quitte la maison et, avec elle, nos frères et sœurs pour se construire de notre côté. Cette période voit fatalement les liens se distendre… mais leur offre paradoxalement un second souffle, affirme notre chroniqueuse

On peut être jeune et prendre un coup de vieux. A mon âge, ça arrive même régulièrement. En entendant, dans le bus, un ado dire «j’ai trop le seum»; en se surprenant à délaisser les bars au profit d’apéros dînatoires; ou en préparant les 30 ans d’une sœur aînée, comme c’est mon cas actuellement.

Trente ans! Ce genre d’anniversaires à zéros nous rappellent qu’on s’approche tous, inexorablement, de la mort – ça, c’est pour les jours de déprime. Mais aussi que cela fait déjà presque trois décennies qu’on se coltine cet être humain, qui partage nos gènes et nos plus lointains souvenirs sans vraiment l’avoir choisi. Et de réaliser que nos relations fraternelles n’ont jamais autant changé que ses dernières années.

Cadets plus rigolos

Il paraît loin, le temps où l’on élaborait ensemble des chorégraphies sur du Britney Spears entre deux tasses de Nesquik. La fratrie a grandi et quitté le nid, s’envolant étudier à l’étranger ou vivre avec sa moitié. Cet éloignement géographique devient émotionnel aussi: tout à coup, on ne partage plus son quotidien, ses états d’âme, ses céréales du matin. L’autre cesse d’être un repère ultime, une présence nécessaire. «Chacun sa route, chacun son chemin», fredonnait Tonton David dans Un Indien dans la ville, film qu’on regardait à l’époque blottis sur le canapé du salon. D’ailleurs, selon une étude britannique, les milléniaux ainsi détachés considéreraient rarement leurs frères et sœurs comme de proches amis.

Parallèlement, cette distance me paraît salvatrice. Pour quiconque a partagé son armoire ou sa salle de bains avec une reine du bazar, d’abord. Mais surtout parce que l’éloignement permet de s’émanciper des étiquettes. L’aîné, le benjamin, «celui du milieu»: ces rôles nous ont longtemps collé à la peau, définissant notre relation et même notre personnalité – les médias nous le rappellent régulièrement, affirmant que les aînés sont plus intelligents, les cadets plus rigolos ou plus entreprenants

On se ressemble un peu moins…

Certains de ces clichés sont sans doute fondés. Grandir le premier, c’est forcément gérer différemment l’apprentissage, les responsabilités. Et justement: libéré du regard critique d’une grande sœur, des attentes démesurées d’un petit frère, on laisse éclore qui on est, qui on veut être. Pour mieux se retrouver jeunes adultes, quand les années qui nous séparent n’ont plus d’importance et que la rivalité s’est essoufflée. C’est vrai, on se ressemble un peu moins. Mais on se choisit, et c’est tout aussi fort.


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