Viola Amherd est une pionnière. Elle est la première femme à la tête du département militaire. Les attentes sont énormes. La PDC doit dépoussiérer, réformer, secouer l’armée, cette institution si conservatrice qui a été longtemps dirigée par des conseillers fédéraux UDC. Ancrés dans leur vision d’une Suisse menacée par des armées étrangères, ils n’ont pas suffisamment pris en compte l’évolution des risques sécuritaires. Conséquence, la Suisse est très en retard dans la cyberdéfense ou le renseignement.

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Nos espions dépendent toujours trop des informations que leurs homologues étrangers veulent bien leur fournir. Les outils à leur disposition, y compris législatifs, ne correspondent plus à la réalité actuelle.

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Manque de courage politique

Viola Amherd est consciente des faiblesses de notre système de protection. Malheureusement, elle n’a pas osé changer l’ordre des priorités et est revenue avec l’achat de nouveaux avions de combat. Un dossier explosif. Ueli Maurer s’est brûlé les doigts en coulant les Gripen, tellement sa campagne était catastrophique. Guy Parmelin a ensuite tergiversé pour finalement refiler la patate chaude à la Valaisanne.

On peut regretter que Viola Amherd n’ait pas eu le courage politique de suspendre tout le processus. Après l’échec des Gripen, la démocrate-chrétienne a au moins tenté d’apaiser le climat et de redonner aux Suisses confiance dans leur armée. Elle a fait appel à l’un des héros de la nation, l’astronaute Claude Nicollier. Joli coup de comm, qui cache mal l’absence d’une véritable réflexion sur les besoins sécuritaires de la Suisse.

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Pas un rejet de l’armée

Pas de doute, le pays a besoin d’une police du ciel performante et il doit posséder des avions qui puissent réaliser parfaitement cette mission. Un fort investissement dans la défense sol-air va de pair. Mais l’achat de chasseurs ultra-performants et extrêmement coûteux ne répond pas aux risques qui pèsent sur la Suisse. Et leur prix empêcherait d’investir dans d’autres domaines plus essentiels pour assurer notre sécurité.

Un non dans les urnes le 27 septembre ne devrait pas être interprété comme un rejet de l’armée, mais comme un message à Viola Amherd: la conseillère fédérale doit mettre sur pied une politique sécuritaire moderne, en collaboration étroite avec la police et les gardes-frontières. Cette politique doit correspondre aux menaces actuelles et futures. Elle doit aussi s’inscrire dans une défense européenne. Qu’on le veuille ou non, le pays ne peut plus penser seul sa sécurité.