La récente fusillade en Arizona a captivé l’Amérique. Une fois de plus, le pays est en deuil après une tuerie aveugle, qui cette fois-ci a grièvement blessé un membre respecté du Congrès. Les gros titres ont soulevé plusieurs questions: est-ce que le meurtrier a agi sous l’influence de la rhétorique incendiaire du mouvement Tea Party et plus spécifiquement par les «cibles» dessinées par Sarah Palin sur certains districts? Est-ce que ce drame aura pour effet de limiter le droit de porter des armes ou est-ce que la National Rifle Association parviendra une fois de plus à étouffer toute tentative de réforme? Parviendra-t-il à adoucir la situation politique tendue en rendant la gauche et plus particulièrement la droite plus courtoises? Quels en seront les effets sur les ambitions politiques de Sarah Palin? Finalement, dans quelle mesure le discours du président Obama est comparable à celui de Bill Clinton après l’attentat d’Oklahoma City ou à celui de George Bush après le 11 septembre?

Dans ce contexte, deux réactions en disent long. La première est que la législation du port d’armes aux Etats-Unis est devenue incontrôlable. Qu’une personne mentalement instable, expulsée de l’Université pour son comportement agressif, ait pu aussi aisément obtenir une arme semi-automatique dépasse tout entendement. Chaque tuerie comme celle-ci appelle à des changements radicaux qui sont immédiatement étouffés par le lobby des armes. Des limites claires doivent être imposées au droit constitutionnel de porter des armes et à la tradition libertaire d’individualisme endurci aux Etats-Unis. Erich Pratt, le directeur de la communication des Gun Owners of America se dresse contre toute tentative d’instaurer de telles limites: «Ces politiciens feraient bien de se souvenir que ce ne sont pas eux qui nous ont donné ces droits. C’est Dieu qui nous les a donnés. C’est notre droit divin et il ne peut être limité ou enfreint de quelque manière que ce soit.»

Deuxièmement, le système de prise en charge des problèmes de santé mentale ne fonctionne évidemment pas. Malgré les avertissements, il n’y a eu aucun suivi du comportement de Loughner [le tueur], qui devenait de plus en plus erratique. Comme tant d’Américains qui n’ont pas d’assurance santé, il était tombé entre les mailles du filet, et ce malgré les nombreuses inquiétudes entretenues par ses proches quant au danger potentiel qu’il représentait. C’est une chose que de respecter la liberté de chaque individu, mais c’en est une autre lorsque cette liberté met la vie d’autrui en danger. […]

Une fois de plus, des commentaires abondent sur la violence aux Etats-Unis. Il est vrai que cette violence fait partie de la culture américaine, depuis l’époque des pionniers jusqu’aux guerres en Afghanistan et en Irak en passant par le sport national, le football américain. Toutefois, en considérant la discussion récente sur les soldats suisses qui gardent leur arme à domicile, ou le vol à la hache commis dans mon quartier de Carouge, la pertinence de telles questions semble se rapprocher de notre sol. Bien que la violence soit un problème endémique à la société américaine, elle n’y est certainement pas limitée. Alors que le monde devient de plus en plus interdépendant, la violence revêt une nature de plus en plus globale qui nous affecte tous. Il est trop simple de dire que les Américains sont violents et d’écarter ce drame comme étant un phénomène fondamentalement américain. La violence gratuite, qu’elle soit le fait de civils ou de militaires, est à condamner, pas seulement après des incidents qui font les gros titres, et pas uniquement aux Etats-Unis.

L’auteur est directeur assistant pour les Affaires internationales au Centre pour le contrôle démocratique des forces armées à Genève.

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