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La prévention est possible et indispensable, puisqu’une femme a neuf fois plus de risques d’être tuée par quelqu’un qu’elle connaît très bien que par un inconnu dans la rue…
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Cause égalité

Violence domestique: un ennemi si familier…

OPINION. Selon les statistiques officielles, une femme meurt chaque semaine en Suisse tuée par son partenaire. Notre pays, à l’image de ce qui se fait au Québec, pourrait mieux prévenir ces actes, explique Nicole Baur, déléguée à la politique familiale et à l’égalité du canton de Neuchâtel

Une fois par semaine en moyenne en Suisse, une femme meurt tuée par son partenaire. C’est le chiffre que l’on peut tirer du dernier rapport de l’OFS qui a recensé les homicides enregistrés par la police entre 2009 et 2016. Les femmes d’origine étrangère ont davantage de risques de mourir sous les coups de leur conjoint que les Suissesses, et c’est le plus souvent une arme blanche qui est utilisée.

Selon une étude réalisée en France par la médecin légiste Alexia Delbreuil sur 42 dossiers d’homicides en douze ans, la mécanique du passage à l’acte est souvent la même. La violence conjugale a souvent déjà été signalée. Dans 60% des cas, auteur et victime faisaient ménage commun, mais dans 40%, ils étaient séparés ou divorcés. La phase de séparation est partout reconnue comme la plus dangereuse: lorsque le potentiel auteur réalise qu’il va perdre son emprise, le risque de passage à l’acte est le plus élevé. Ces hommes, qui souffrent de troubles de la personnalité, paranoïaque ou narcissique, essaient souvent de faire partager la responsabilité de leur geste par la victime (qui n’est plus là pour témoigner). Elle l’a poussé à bout, elle l’a humilié, elle l’a provoqué, «elle n’est pas restée à sa place». Elle a en quelque sorte un peu «mérité» ce qui lui est arrivé…

Convention d’Istanbul

En Suisse, la Convention d’Istanbul, ratifiée par le parlement l’été dernier, est entrée en vigueur le 1er avril. Emanant du Conseil de l’Europe, elle a été ratifiée par 28 Etats, qui s’engagent à lutter contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. D'une part, elle permet de donner une définition commune de la violence domestique [1] et, d’autre part, elle oblige la Confédération et les cantons à se doter de moyens.

Si l’on continue à relater les homicides conjugaux comme «crimes passionnels», on prend le risque de minimiser la responsabilité de l’auteur

Essentiellement du domaine des cantons, la coordination de la lutte contre la violence domestique est en Suisse romande confiée aux bureaux de l’égalité, contrairement aux cantons alémaniques. En ce sens, les cantons romands sont en phase avec la Convention d’Istanbul, qui fait très clairement le lien entre violence domestique et inégalité, reconnaissant que la réalisation de jure et de facto de l’égalité entre les femmes et les hommes est un élément clé dans la prévention de la violence à l’égard des femmes. Les bureaux de l’égalité s’efforcent donc, outre leur travail de coordination des entités chargées de prendre en charge victimes et auteur-e-s, de sensibiliser aux propos sexistes, aux images et publicités qui donnent une image dégradante des femmes.

Rôle des médias

A cet égard, une attention particulière est accordée aux comptes rendus médiatiques. Si l’on continue à relater les homicides conjugaux comme «crimes passionnels», on prend le risque de minimiser la responsabilité de l’auteur. On laisse entendre que l’auteur était un homme dévasté par le chagrin, ce qui excuse le passage à l’acte, ou, pire, que la victime a une part de responsabilité dans le drame. Des titres du genre «Il l’aimait trop, il la tue» ou «Humilié, poussé à bout, il l’étrangle» devraient être bannis des rédactions. Lorsqu’un homme tue sa compagne, ce n’est pas parce qu’il l’aime trop, c’est parce qu’il considère qu’elle est sa chose, sa propriété, qu’elle n’a pas de vie propre. Rappelons qu’il y a encore nombre de pays où la violence à l’égard des femmes et des filles est légitime, et qu’il n’est pas si loin le temps où, en Suisse, on considérait que la violence conjugale était une affaire privée. Jusqu’en 1992, le viol entre époux n’était pas reconnu.

Si la Suisse et ses voisins sont en train de rattraper leur retard, le Québec a, pour sa part, depuis longtemps établi des protocoles de dépistage de la dangerosité des agresseurs potentiels en travaillant avec tous les partenaires sociaux. Cette gestion de la menace a permis de diviser par trois le cas d’homicides conjugaux depuis 1979. La prévention est donc possible et elle est indispensable, puisqu’une femme a neuf fois plus de risques d’être tuée par quelqu’un qu’elle connaît très bien que par un inconnu dans la rue…


[1] Tous les actes de violence physique, sexuelle, psychologique ou économique qui surviennent au sein de la famille ou du foyer ou entre des anciens ou actuels conjoints ou partenaires, indépendamment du fait que l’auteur de l’infraction partage ou a partagé le même domicile que la victime (art. 3 al. b).

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