Chronique

Violence et indiscipline à l’école

OPINION. Les enseignants français en ont ras le bol de ne pas être entendus sur les violences qu’ils subissent. Les réactions de notre chroniqueuse, Marie-Hélène Miauton

Un haut fonctionnaire de l’éducation en Suisse romande était interviewé récemment lors du TJ de la RTS, dans le cadre de l’événement survenu en France où un élève a braqué sur sa professeure un pistolet, heureusement factice mais imitant parfaitement le réel. Cette histoire est emblématique de la façon dont dégénèrent les relations entre maîtres et élèves dans l’Hexagone. A bout de force, les enseignants ont alors lancé un hashtag #pasdevague afin d’alerter sur leur situation de plus en plus intenable et sur la grande solitude qu’ils ressentent. Ils estiment que les innombrables attaques verbales ou physiques dont ils sont l’objet ne sont pas prises en compte et qu’il est mal vu de les relayer. En un mot, ils ne se sentent pas soutenus.

Quelle hiérarchie entre l’enfant et l’adulte?

Les solutions évoquées en France (pourvu qu’elles dépassent le stade des mots!) sont de créer une période probatoire d’un mois après un renvoi ou une suspension, avec obligation pour l’élève de faire journellement le point sur son comportement avec la direction de l’établissement. Bonne idée. Mais Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, a surtout promis de mieux prendre en compte les professeurs: «J’accorde plus de crédit à leur parole qu’à celle de l’élève car il y a une présomption de vérité derrière la parole d’un adulte.» Là, il touche à l’essentiel. Quel doit être le rapport entre le maître et l’élève? Quelle doit être la relation de confiance entre l’enseignant et sa direction? Quelle doit être la hiérarchie entre l’enfant et l’adulte? C’est parce que des réponses dévoyées ont été données depuis cinquante ans à ces questions que le monde scolaire (et familial) va parfois si mal.

En Suisse romande, il semble que la violence soit moins problématique qu’en France, mais l’indiscipline et l’insolence sont bien présentes. Pourtant, sur la RTS, nous avons pu entendre que «l’estrade a disparu de nos classes car ce n’est pas par là qu’on va se faire respecter». Erreur! L’estrade permettait de créer une séparation entre le professeur et la salle, une ligne de démarcation symbolisant la place respective de celui qui apprend et de celui qui sait. Accessoirement, elle permettait de mieux se faire entendre et de mieux voir. Or les maîtres se plaignent qu’il est désormais impossible d’imposer le silence. Réponse: «Le silence n’est pas toujours synonyme de travail, ni de respect. Une ruche travaille et pourtant elle fait du bruit. Il faut apprendre à libérer la parole tout en respectant, afin de pouvoir argumenter et avancer dans la vie.» Comparaison n’est pas raison, car le bruit de la ruche n’est pas du bavardage mais témoigne de l’activité des abeilles. Chez les humains, dont les neurones sont silencieux, il est admis que pour entendre, il faut se taire et écouter. En vérité, le brouhaha dans les classes est un manque de respect, d’attention et de travail, n’en déplaise à notre spécialiste.

Rapports d’autorité

En prétendant supprimer les rapports d’autorité entre enfants et adultes, on en est arrivé à beaucoup de chienlit. En inculquant aux jeunes qu’ils ont tous les droits, c’est à ceux des adultes qu’on a attenté, avec pour résultat que tous sont profondément malheureux. Quant au respect de la chose enseignée, à la dignité du savoir, au sentiment de reconnaissance envers ceux qui s’en chargent, autant oublier!

Nous savons tous que l’histoire n’est malheureusement pas en marche vers un avenir toujours meilleur, ce pourquoi le fameux «sens de l’histoire» ne devrait pas s’entendre comme une direction mais comme une signification. Seuls les idéologues les plus dangereux ont prôné des horizons radieux, qu’il s’agisse d’un Reich de mille ans ou de l’espoir d’un Homo sovieticus poussé hors sol. Quant à la fin de l’histoire, elle n’est pas pour demain. En réalité, c’est toujours à un mouvement de balancier qu’on assiste et c’est un grand mystère que les sociétés humaines soient incapables d’apprendre du passé pour se doter d’une intelligence historique afin de modérer leurs réformes, de trouver le juste milieu, et d’enfin arrêter le pendule.


La précédente chronique de Marie-Hélène Miauton a provoqué quelques vifs débats.

Son texte: Le rappeur Médine aux Docks à Lausanne

Un article d’un avis un peu différent: Médine aux Docks, le jeu de la peur

Le débat: Médine, un rappeur dans le viseur de l’extrême droite

Le billet de blog d’un socialiste lausannois: Faut-il interdire les concerts de Médine?

Publicité