Septante. C'est le nombre de «bagarres entre jeunes et groupes de jeunes» qui ont mobilisé les forces de l’ordre genevoises, le week-end dernier. La fin du mois de juin est une période particulièrement propice à ces débordements. Comme l’école est finie et que les départs de juillet n’ont pas encore commencé, «énormément de personnes sortent et occupent l’espace public pour y faire la fête», explique le porte-parole de la police à la Tribune de Genève. La faune festive tise et s’enjaille et, parfois, à force d’alcool, d’excitation et de provocation, la situation dégénère en baston.

Une agressivité à faire peur

Qui dit juin dit donc faire du foin. Mais, cette année, les débordements ont atteint «des proportions inhabituelles». Les fauteurs de troubles ont adopté des «comportements d’irrespect, envers les autres comme envers le patrimoine, qui se nourrissaient d’une agressivité collective à faire peur», précise l’article. Traduction: après avoir poireauté confinée tout le printemps, la jeunesse explose à la naissance de l’été. Et entre s’éclater et s’éclater la tronche, certains fêtards peinent à nuancer.

Voilà pour le constat. Le plus difficile consiste à imaginer des solutions. Car ce n’est pas la première fois que des jeunes se livrent à des actes violents à Genève, comme à Nyon, où des bagarres sur la plage enfiévrée sont régulièrement recensées. Face à ces pics d’agressivité, on peut bien sûr parquer tout le monde à la maison. Un quadrillage policier zélé, comme Lausanne en pratique, dissuade les rassemblements spontanés et, par extension, les affrontements. La solution, basique, est prônée par les tristes sires de tous bords politiques. Elle est mauvaise. Car, rappelait Nathalie de Boisgrollier au Temps, les pires menaces qui planent sur nos adolescents sont l’enfermement et l’isolement liés à une pratique abusive des écrans.

Une épreuve corporelle

Je préfère, et de loin, la proposition de Yann Marussich déjà évoquée dans une précédente chronique, mais qui, sans doute en raison de son audace, n’a pas encore suscité de vocation pédagogique. Observant que «le rapport à la douleur a été totalement perverti depuis que la médecine occidentale a décidé de l’éradiquer», le performeur genevois imagine, pour les jeunes garçons, le retour des rituels initiatiques incluant une épreuve corporelle de sorte que la violence ne jaillisse plus de manière anarchique. Des bagarres, oui, mais chorégraphiées. Des blessures peut-être, mais encadrées. De quoi ressentir pour de bon, dans sa chair, le déferlement violent que certains jeux vidéo rendent totalement abstrait.

Vous trouvez ça barbare? Restez debout jusqu’à la fin de la nuit et assistez à une bagarre, vous changerez peut-être d’avis.


Chronique précédente

Le meilleur foot? Le foot de quartier!