Des manifestations contre les violences sexistes et sexuelles organisées par le mouvement féministe #Noustoutes auront lieu en France et en Suisse le 24 novembre 2018, à la veille de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes.

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En Suisse en 2016, 532 femmes ont été violées et 736 ont subi des contraintes sexuelles. Ces chiffres sont révoltants. Pourtant, ils sont loin de représenter la réalité. Les statistiques policières sont dévalorisées, car les faits de violences sexistes sont gardés sous silence. Dénoncer une violence, c’est prendre le risque de devoir faire face à une justice brutale, peu ou pas sensibilisée à ces questions. C’est aussi prendre le risque de voir son histoire reprise et déformée dans les médias. Déformée, car les articles se retrouvent parfois empreints de mythes issus de la culture du viol. Les violences sont alors justifiées et les articles sont eux-mêmes vecteurs de cette culture. Mais plus encore, ils sont pour la victime une nouvelle violence. Nous demandons ainsi un meilleur traitement médiatique des violences sexistes respectant les points suivants.

Parler pour sensibiliser – Les médias ont une responsabilité dans la mise en lumière de l’aspect systémique des violences. Il est important de briser le tabou et de contribuer à sensibiliser le public afin de prévenir ces abus.

Eviter les articles sensationnalistes – Les violences sexistes sont des faits réels, symptômes d’une société patriarcale, qui relèvent de la justice. Ils ne sont pas une histoire à raconter pour susciter l’attention. Il est ainsi important de révéler les faits de manière objective, d’éviter les titres et manchettes racoleurs et les images à caractère violent.

Traiter les violences sexistes comme un fait de société – Les violences sexistes sont sociétales et structurelles. Les statistiques, qu’elles soient suisses ou mondiales, montrent l’ampleur de ce phénomène. Il est ainsi important de le révéler en utilisant des statistiques, de solliciter les acteurs pouvant témoigner de cette réalité, mais aussi de parler des violences dans leur globalité et ne pas se focaliser uniquement sur les violences les plus visibles.

Ne pas culpabiliser la victime – Les victimes de violences sexistes vivent souvent avec un sentiment de honte et de culpabilité. Aujourd’hui, les institutions policières, juridiques et les médias ont tendance à renforcer ce sentiment en mettant l’accent sur certains éléments du contexte et de la vie de la personne victime. «Comment étiez-vous habillé?», «Aviez-vous bu, pris de la drogue?». Il faut éviter ces questions inappropriées qui retournent la suspicion vers la victime et ont pour effet de la culpabiliser tout en minimisant le crime du véritable agresseur.

Utiliser un vocabulaire clair et précis – Dans le cas des violences sexistes, le vocabulaire de l’amour et de la séduction se mêle au vocabulaire des violences. Ces termes participent à banaliser les violences et les minimisent. Une violence sexiste, dont la définition se base sur l’absence de consentement, n’a rien en commun avec une relation amoureuse ou un rapport de séduction mutuellement consentis. Il faut ainsi utiliser un vocabulaire clair et précis en se basant sur les termes utilisés par les acteurs et actrices luttant contre les violences sexistes.

Enquêter et décrire l’escalade de la violence conjugale – Dans le cas de violence conjugale, c’est souvent les cas les plus violents d’homicides qui font la une, mais la violence débute avant. Il est important d’enquêter dans le respect de la vérité et de la sphère privée pour montrer l’escalade de la violence et ne pas uniquement mentionner un fait ponctuel.

Révéler la diversité des agresseurs – Les violences sexistes ne sont pas le fait d’hommes malades, débordés par leurs émotions. Elles sont le fait d’hommes ordinaires, de maris, de frères ou d’amis. Ils vivent et prennent part à un système, dont les violences ancrent leur domination et ne correspondent en rien à la démonstration d’une folie ou d’une pulsion. Il faut ainsi dresser le portrait réel de l’agresseur, ne pas accentuer ses émotions ou ses tares et signaler le pouvoir en jeu.

Dévoiler les mécanismes du harcèlement sexuel – Le harcèlement sexuel se définit comme un acte inopportun à caractère sexuel ou sexiste, qui peut être soit répété, soit ponctuel. Cependant, pour montrer la réalité du harcèlement sexuel, il ne faut pas s’arrêter aux actes. L’ambiance au sein de l’entreprise joue un rôle essentiel. Plus encore, le harceleur prépare son action en mettant en place un processus calculé de domination qui accule la victime. Il faut ainsi révéler la responsabilité de l’entreprise et décrire les processus dans leur ensemble.

Respecter la sphère privée de la victime – Nul ne doit divulguer des faits relevant de l’intimité de la victime sans son consentement, y compris de la part de témoins. Ce droit revêt également l’importance pour la victime de se définir comme elle l’entend et que son choix soit respecté par les médias.

Bannir les stéréotypes de genre – Les stéréotypes imprègnent nos représentations, favorisent les préjugés infondés et participent à discriminer et à diffuser la culture du viol, selon une hiérarchisation entre femme et homme. Il est ainsi judicieux d’avoir un regard global et de bannir les stéréotypes genrés.


La liste complète des signataires:

Beéry-Artho Martha, présidente de l’association Femme et Musée; de Freitas Helena, secrétaire; Maury Pasquier Liliane, conseillère aux Etats; Saladin Catherine, assistante administrative du CLAFG; Fehlmann Rielle Laurence, conseillère nationale; Gigandet Michèle, responsable pédagogique au Centre d’accueil MalleyPrairie; Metzger Stéphanie, gestionnaire de projet; Duparc Nicole, journaliste productrice; Larissa Bambara, présidente du CLAFG; Youniss Mussa, coprésident du groupe Egalité du Parti socialiste; Morard Maryline; Cretton Cilette, ancienne députée au Grand Conseil valaisan et membre du comité de Via Mulieris Valais; Palazzo-Crettol Clothilde, enseignante chercheuse; Vouilloz Burnier Marie-France, historienne et membre du comité de Via Mulieris; Christian Anglada, responsable pédagogique au Centre Prévention de l’Ale et Fondation MalleyPrairie; Savary Géraldine, conseillère aux Etats; Centre de liaison des associations féminines genevoises; Reynard Mathias, conseiller national; NGO-Koordination post Beijing Schweiz; Rossel Rosemonde, adjointe de direction; Neri Aline, psychologue; Wiesel Thomas, humoriste; Schlechten Albane, conseillère municipale à Genève; Gerber David, responsable Campaigning à Terre des Femmes Suisse; Bonvin Bonfanti Anne, responsable du groupe de travail Egalité Les Verts genevois; Fondation images et société; Braegger Marcelle, intervenante sociale urgentiste; Aymon Lauriane, intervenante sociale; Alicia Scascighini, socio-éducatrice au Centre d’accueil MalleyPrairie; Carine Carvalho, députée au Grand Conseil vaudois; Loup Valentine, administratrice de BDFil; Joly Rebecca, députée au Grand Conseil vaudois; Marianne Ebel, militante SolidaritéS et Marche mondiale des femmes; Conscience Pierre, conseiller municipal à Lausanne; Gaëlle Kovaliv, chargée de projet; Porchet Léonore, députée au Grand Conseil vaudois; Villanueva Vera Catherine, infirmière; Berthet Catherine, pédagogue de la voix; Hanselmann Magaly, SolidaritéS; Giovanna Garghentini Python, députée au Grand Conseil Fribourgeois; Lucas Isabelle, historienne; Kapferer Nils, doctorant; Soroptimist international club Genève-Fondateur; Grégoire Gonin, enseignant d’histoire et de culture générale; Romano Myriam, députée au Grand Conseil vaudois et conseillère municipale à Renens; Schaub Noémi, codirectrice de Paulette éditrice; Wyss Christine; Monney Vanessa, secrétaire syndicale; Vuataz Daniel, auteur et membre du collectif AJAR; Meier Sebastien, auteur; Faivre Aurore, comédienne; Misiego Céline, conseillère municipale à Lausanne; Germond Florence, conseillère municipale Lausanne; Cora Antonioli, vice-présidente du Syndicat des services publics (SSP); MMF Bâle; Aubert Anne, Marche Mondiale des Femmes; Yann Lambiel, artiste; Reith Manon, artiste et membre du collectif AJAR; Brélaz Daniel, conseiller national; Lauriane Pichonnaz, psychologue; Villemain Marie-Noëlle, retraitée; Guinand Julie, Auteure; Weber Kern Ariane, Logopédiste; Lambert Thomas, Photographe indépendant; Zecca Manon; Glauser Krug Sabine, députée au Grand Conseil vaudois; Studer Brigitte, conseillère municipale Ville de Genève; Courcoux Charles-Antoine, historien du cinéma à UNIL; Mitchell Stéphane, scénariste; Schenk Lydia, membre du collectif AJAR; Mitchell Stéphane, scénariste; Friedli Catherine, secrétaire syndicale SSP; Jean-Yves Pidoux, conseiller municipal à Lausanne et directeur des Services industriels de Lausanne; Fanny Wobmann, écrivaine; Graf Michel, directeur de la Fondation PROFA; Bovolenta Michela, secrétaire syndicale au SSP; Caroline Nigg; Morand Jeanne, étudiante en sciences sociales; Martenot Claire, enseignante à la retraite; Pellegrino Bruno, auteur et membre du collectif AJAR; Pralong Sandrine; Alberto Mocchi, président des Verts vaudois; Lociciro Stéphanie, chercheuse; Alcaraz Patricia, syndicaliste; Bertani Lorella, avocate; Golay Cléa, étudiante; Dubois Claudette, bibliothécaire retraitée; Yann Marguet, humoriste; Baehler Bech Anne, députée au Grand Conseil vaudois; Marcelle Braegger, intervenante sociale; Légeret Sophie; Béatrice Thièry; Carvalhosa Barbosa Marlene, secrétaire syndicale; Lynn Mackenzie, économiste; Jocelyne Bourquard, Comité AFCA Vaud; Collectif #65NoPeanuts!; Axelroud Danielle; FemWiss; de Quattro Jacqueline, conseillère d’Etat du canton de Vaud; Ruiz Rebecca, conseillère nationale; Mille Sept Sans; Froidevaux Laurence, journaliste productrice; Parini Lorena, professeure associée; Melchior Alexandra, secrétaire syndicale; Jacqueline Ricciardi, membre du collectif LALISTE; Coquoz Loraine; Marinoni Francesca, cheffe de projets au deuxième Observatoire; Upjohn Hélène, féministe; Le deuxième Observatoire; Ducret Véronique, directrice du deuxième Observatoire; Nanjoud Bulle, formatrice; Noémie Schmidt, comédienne; Gaudreau Julie, juriste et présidente de l’AFCA; Kaeser Laure, cheffe de projet; Viol Secours; Manon Schick, directrice d’Amnesty Suisse; Sandrine Salerno, conseillère administrative en Ville de Genève; Jaton Katia, cheffe laboratoire MER-Privat-Docent; Golay Camille, secrétaire syndicale.

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