Éditorial

Ces violences françaises qui défigurent la République

OPINION. Un an après le premier samedi de mobilisation des «gilets jaunes», la prolifération des violences, attisées par les colères sociales, donne de la France un spectacle préoccupant. Au point de rendre aujourd’hui encore plus explosive la «transformation» du pays prônée par Emmanuel Macron

Allons droit au but: jamais les «gilets jaunes» n’auraient obtenu 17 milliards d’euros de rallonges budgétaires et salariales sans avoir installé en France un climat insurrectionnel, à force de violences urbaines. L’adage français selon lequel celui qui casse est finalement récompensé s’est donc confirmé, un an après le premier samedi de mobilisation des «gilets». Ce qui est tout sauf une bonne nouvelle, pour une société historiquement travaillée par la fièvre révolutionnaire et la concurrence permanente entre la rue et les urnes…

Attribuer ce climat de violence aux seuls manifestants débarqués sur les ronds-points le 17 novembre 2018 pour dénoncer la hausse de la taxe sur les carburants serait toutefois une grave erreur. L’histoire des «gilets jaunes» est aussi celle d’un dérapage incontrôlé, et d’une confiscation progressive de la protestation par les éléments les plus radicaux, que beaucoup de ces meneurs initiaux déplorent aujourd’hui. S’y est ajouté le recours croissant à la violence des forces de l’ordre, attesté par les nombreuses enquêtes de la «police des polices». Pas étonnant, dans ces conditions, que le gouvernement redoute un nouvel embrasement.

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Ces débordements à répétition, dont beaucoup craignent le redémarrage à l’approche de la grève du 5 décembre, sont d’autant plus désolants que la «transformation» de la France reste indispensable. L’écroulement des hôpitaux publics, devenus repoussoirs pour le personnel médical, en apporte un exemple. Le désespoir de certains étudiants, illustré par la tragique immolation d’un élève à l’Université de Lyon II, prouve que la foi des jeunes dans le bon fonctionnement du système éducatif français est ébranlée. La prolifération des grèves surprises montre que la guérilla sociale est devenue la règle. La paupérisation continue d’une partie de la classe moyenne, le sentiment d’abandon de certains territoires, le casse-tête migratoire confirment les graves dysfonctionnements de la classique redistribution budgétaire.

S’accommoder, dans ce contexte, des affrontements croissants, voire les justifier au nom de l’opposition à Emmanuel Macron, revient à s’aveugler. Les violences jettent au contraire les Français les uns contre les autres. Elles creusent les fossés et empêchent les transformations indispensables que sont en droit d’attendre les générations futures. Ces violences, là, n’aboutissent qu’à une chose: défigurer la République.

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