Vie intime

Violences obstétricales: les femmes brisent le tabou

Le débat se ravive autour de pratiques exercées en milieu hospitalier notamment sur des femmes sous anesthésie. Les étudiants témoignent, certaines femmes dénoncent. En France, le gouvernement demande d’éclaircir la situation

C’est un moment où l’intimité est mise de côté. Il y a ce paravent, cette lumière blanche dirigée sur son bas-ventre, ces longs instruments. Et il y a cette chaise qui renverse la patiente. Chez le gynécologue, on va comme chez le dentiste. Il le faut. C’est mieux. Une fois par an. C’est recommandé, car il faut dépister les maladies infectieuses ou le cancer du sein, surveiller les moyens de contraception et, bien sûr, perspective plus réjouissante, suivre les grossesses. Le rendez-vous chez le gynéco, c’est intime. On en parle peu. Un tabou? Presque. Mais une fois le mur de la gêne percé et les langues déliées, les récits sont multiples et décrivent autant de bonnes que de mauvaises expériences.

Des violences qui ne sont pas un phénomène marginal

En 2016, à l’occasion de la Journée des femmes, le quotidien genevois Le Courrier avait consacré une enquête à «la gynécologie et ses dérives parfois paternalistes», relayant notamment trois témoignages «poignants et courageux» recueillis à l’issue d’une publication sur Facebook. Les femmes avaient été nombreuses à répondre à l’appel, et leur confession était la preuve que non, ces violences ne font pas partie d’un phénomène marginal.

En France, en 2015 déjà, le sujet avait secoué les réseaux. Sur son blog, un «pharmacien évaporé dans l’industrie» publiait le contenu de carnets de stage en gynécologie. Il y dévoilait le fait que, dans l’enseignement, des étudiants en médecine étaient incités à réaliser des touchers vaginaux ou rectaux sur des patient(e) s endormis au bloc opératoire. Relayée par les médias, notamment par LCI, sa publication avait fait un tollé. Qui s’était ensuite apaisé.

Ce 31 août, cependant, la polémique se ravive. @Elsa_Dechezeaux, une étudiante française en cinquième année de médecine a, sur Twitter, «2-3 trucs à dire».

Elle répond à une tribune publiée sur le site du Monde par Laurent Vercoustre, obstétricien hospitalier à la retraite, au sujet des maltraitances subies par les patientes en milieu hospitalier. Ce que reproche l’étudiante à l’auteur de l’article est notamment l’usage du terme «hystérie», qu’il réserve aux dénonciateurs des violences obstétricales, «parfaitement sexiste, et tout à fait inapproprié dans la bouche d’un gynéco», précise-t-elle avant d’ajouter: «Ce médecin n’a pas saisi que ce qui est reproché dans le combat contre les violences, c’est le défaut de consentement.»

L’étudiante déroule son explication, retweetée 830 fois: «Un TV (toucher vaginal) sans consentement est un viol. Les TV au bloc, effectués sans consentement, ça existe, et ce sont des viols.» Elle poursuit: «Aparté: on m’a proposé de faire un TV sur une patiente de 78 ans pendant une cœlioscopie alors qu’elle était endormie. J’ai refusé (et j’ai dû m’en expliquer).»

J’espérais de l’Ordre une réaction forte. Elle n’est jamais venue.

Le même jour, dans une publication titrée: «Les touchers vaginaux sans consentement: ça continue!», le «pharmacien évaporé» fait écho à l’étudiante en médecine et dénonce pour sa part un déni de la part des autorités «face à des actes relevant de la qualification pénale du viol. J’espérais de l’Ordre une réaction forte. Elle n’est jamais venue.»

Mais le pavé est dans la mare. Le 6 septembre, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes publie sur son compte Twitter l’interpellation de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle demande un état des lieux permettant de mesurer et objectiver le phénomène des violences obstétricales.

Polémique moins vive en Suisse

Un signe de changement, peut-être? En Suisse, la polémique demeure moins vive. Toutefois, déjà, des solutions sont présentées: un groupe de réflexion engendré par le collectif Feminista! a créé le site «Adopte unE gynéco, une liste de gynécologues safe en Suisse romande», où les femmes peuvent choisir leur gynécologue parmi une liste de praticiens respectueux de leurs patientes. De quoi rendre la visite moins risquée?

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