Numérique

Le virage «social» de Facebook ne convainc pas  

Le retour à un fil d’actualité rempli de publications personnelles au détriment des médias et des annonceurs laisse les internautes perplexes. Alors qu’Instagram et Snapchat ont pris le pas sur la «vie privée en ligne», est-ce trop tard pour le géant bleu?

Plus d’amis, moins de marques, de médias ou encore d’entreprises: le nouvel algorithme de Facebook sonne comme un retour aux sources. Désormais, le fil d’actualité va privilégier les publications personnelles de ses quelque 2 milliards d’utilisateurs. Facebook promet ainsi des nouvelles de cet oncle qui vient de changer de job, du copain d’enfance qui s’est marié en grande pompe, de l’amour de vacances qui déménage ou encore des escapades en Thaïlande de sa voisine de palier. Si ce changement de cap préoccupe les médias, inquiets de perdre leur visibilité, il fait aussi réagir les internautes.

Ces dernières années, les histoires intimes et autre albums photos-souvenirs ont quasiment disparu des murs Facebook, remplacés par une masse de contenus publics, articles de journaux ou publicités. Plus grande trace des déclarations émouvantes, des dédicaces et autres anecdotes croustillantes dont l’utilisateur pouvait jadis se délecter et qui donnait au réseau social une fonction d’exutoire voire de journal intime. Ces «instants perso» se retrouvent davantage immortalisés sur Instagram ou Snapchat.

«On se sent plus connecté»

Ce retour à la formule magique des débuts, Mark Zuckerberg s’en explique dans un message publié sur sa page Facebook: «Lorsqu’on utilise les réseaux sociaux pour se connecter aux gens auxquels on tient, cela accroît notre bien-être. On se sent plus connecté et moins seul, ce qui est positivement corrélé à long terme au bonheur et à la santé. A l’inverse, lire passivement des articles ou regarder des vidéos, même s’ils sont informatifs ou distrayants, n’est pas aussi bénéfique.»

Lire aussi:  Les médias, perdants de la réforme de Facebook

Le bien-être: un nouveau mot d’ordre qui fait jaser. Mark Zuckerberg se serait-il soudain converti en yogi bienveillant ou en coach de vie? «Facebook, cet ami qui ne vous veut pas que du bien… raille . Il est temps de choisir d’autres réseaux!»  estime quant à lui que «Facebook est de plus en plus intrusif: on t’invite, il t’annonce qu’il l’a remarqué et veut te conseiller. Pareil quand tu publies, bloques quelqu’un ou le dislike… Tu le sens constamment au-dessus de ton épaule et c’est assez désagréable!»  non plus n’est pas convaincu des intentions du grand patron: «Il veut se positionner pour les prochaines élections américaines dans l’espoir d’être élu, mais votre «bien-être», c’est le dernier de ses soucis…»

«Bulle de filtres»

La mise à jour est également accusée de favoriser un entre-soi. Confronté uniquement à l’actualité de son entourage, l’usager resterait enfermé dans une «bulle de filtres», un type de croyances ou d’opinions. «Résistons au nombrilisme et l’enfermement des algorithmes que Facebook veut nous imposer! s’exclame un internaute. Ouvrons les yeux et les oreilles pour partager le plus grand monde humain possible…»

Derrière la priorité accordée aux contenus personnels, certains voient une manière d’optimiser les performances publicitaires. «[Nous voulons] nous assurer que le temps passé sur Facebook soit du temps bien dépensé», cite , en référence au mot d’ordre donné par Mark Zuckerberg en début d’année. Il donne sa traduction: «Les marques devront payer davantage pour être bien visibles.» Plus rare, donc plus cher.

Baisse de 4% en bourse

En définitive, les allers-retours stratégiques des programmateurs Facebook semblent lasser. «Et s’ils donnaient à l’utilisateur la priorité de décider pour lui-même ce qu’il veut voir? J’en ai marre d’avoir à remettre en place les paramètres sans arrêt tous les jours pour voir ce que j’ai envie de voir», s’insurge un internaute. Dévoilée jeudi, la nouvelle mouture de la timeline entrera en vigueur ces prochaines semaines. Elle a d’ores et déjà provoqué une baisse de 4% des actions Facebook en bourse. Le prix d’un réseau plus «social»?

Publicité