Revue de presse

Virginia Raggi a marché sur Rome, et elle y est entrée

Victoire sans appel pour la candidate du Mouvement 5 étoiles dans la Ville éternelle, qui impressionne les médias italiens. Mais ces derniers attendent de voir la «grillina» réellement à l’œuvre

«Si, par les temps qui courent, l’establishment politique est partout sanctionné, pourquoi ne le serait-il pas également à Rome?» s’était demandé le Standard autrichien au lendemain du premier tour des municipales italiennes, il y a deux semaines. Mais la vague s’annonçait déferlante, écrit L’Espresso. Donc «les observateurs du monde entier avaient les yeux rivés sur Rome, et Rome ne les a pas déçus», dit L’Obs: la «grillina» est dans la place! Virginia Raggi, la candidate du Mouvement 5 étoiles (M5S) emporte haut la main la mairie de Rome avec 67% des suffrages exprimés, face au candidat de centre gauche Roberto Giachetti, après le dépouillement de 80% des bureaux de vote.

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L’avocate de 37 ans entre ainsi dans l’histoire en devenant la première femme à la tête de la capitale italienne. En fille spirituelle de l’homme à la «crinière blanche» et aux «harangues furieuses contre le système», Beppe Grillo, qui avait commencé, rappelle 24 heures, «par organiser en 2007 des manifestations massives contre la classe politique intitulées «Vaffanculo Day» (Journée du «va te faire foutre»)». Cela n’empêche pas le mari de la nouvelle maire de Rome, Andrea Severini, de lui écrire une émouvante lettre sur son blog. Elle qui a beaucoup œuvré en faveur de son succès via Internet, comme l’écrit Il Messaggero.

Du coup, le Parti démocrate du président du Conseil subit un sérieux revers, d’autant qu’il a également été battu à plates coutures à Turin. La percée est majeure pour la formation de l’humoriste, qui s’est livré à un show de victoire dimanche soir à la fenêtre de son hôtel romain, explique L’Huffington Post italien. Elle met aussi Matteo Renzi en position difficile, lui qui a lié son avenir politique aux réformes constitutionnelles qu’il veut faire adopter par référendum au mois d’octobre. La revue de presse internationale de l’Agenzia giornalistica Italia l’explique très bien.

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«Une dynamique différente» s’est donc emparée de l’Italie, commente le directeur de La Stampa sur la RAI Uno, où le M5S remporte toute une série de victoires et met plusieurs municipalités en ballottage. D’ailleurs, pour tenter de sauver les meubles à la dernière minute, la ministre chargée du dossier des réformes, Maria Elena Boschi, est allée jusqu’à se transformer «en standardiste d’un soir», comme le raconte La Repubblica, pour enchaîner «les coups de fil» en faveur de la participation citoyenne, celle de «votre voisin, ex-petit copain, tous ceux qui n’y sont pas allés la dernière fois». En vain, constate-t-on dans Courrier international.

«En 2700 ans d’histoire», rappelle Le Monde, la Ville éternelle «a été gouvernée par des empereurs, des papes, des maires de droite, de gauche et même d’extrême droite, un commissaire du gouvernement…» Et ce dimanche, «son nom était inscrit dans son slogan: CorRAGGIo». Et c’est bien du courage, justement, qu’il lui faudra «pour gérer une ville de trois millions d’habitants plombée par une dette cumulée de 13,5 milliards d’euros, […] pour redonner un peu de grandeur à une cité dont 40% de la voirie est à refaire, où les bus et les métros circulent mal, où les ordures sont ramassées au petit bonheur. Il lui en faudra aussi pour mettre au pas la caste des 60 000 fonctionnaires municipaux.. […] Autant de défis à relever. Comment?…»

Prise très au sérieux

Même question à la une du Corriere della Sera: «Que va-t-il se passer maintenant»? Les médias italiens donnent l’impression de se trouver devant la bouteille à l’encre. Mais un élément domine dans cette presse qu’a lue Il Post ce lundi. Elle prend Virginia Raggi très au sérieux, et quasi tous les commentateurs sont d’accord pour dire que la capitale italienne a désormais à ses commandes une femme déterminée, prête à faire le ménage dans une ville rongée par la corruption et les scandales. Mais son programme demeure «flou». Dimanche soir, elle est d’ailleurs apparue comme telle devant les médias: volontaire, sans un mot de trop ni triomphalisme.

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