Revue de presse

La visite de Donald Trump au Forum de Davos «électrise» déjà la Suisse

Sa venue au prochain WEF excite beaucoup le landerneau politique helvétique, qui se demande comment agira le Conseil fédéral. Les médias alémaniques évoquent les attentes et les craintes suscitées par la présence du controversé président des Etats-Unis sur territoire suisse

Air Force One sur le tarmac de l’aéroport de Zurich-Kloten? Surprise, ce mardi. Alors que personne ne s’y attendait vraiment, les services de communication de la Maison-Blanche ont annoncé que Donald Trump avait l’intention de se rendre au prochain Forum économique de Davos, qui ouvrira ses portes dans une douzaine de jours. Ce, bien qu’il ne porte pas l’institution dans son cœur, rappelle le Guardian. Mais venir défendre la grandeur renouvelée de l’Amérique dans la station grisonne, c’est aussi se rendre sur le territoire suisse, ce qui ne va sans doute pas manquer de piquant pour les autorités de ce pays.

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D’ailleurs, le président de la Confédération, Alain Berset – vient d’annoncer à l’ATS le porte-parole du Département fédéral de l’intérieur (DFI) Peter Lauener – «le rencontrera volontiers», car «la Suisse et les Etats-Unis entretiennent depuis longtemps des relations intenses à différents niveaux. De nombreux thèmes pourraient être discutés, tant au niveau bilatéral qu’international.»

Mais qu’est-ce que cela veut dire vraiment? Que le bouillant locataire de la Maison-Blanche est vraiment le bienvenu? Outre-Sarine, les réactions sont déjà nombreuses et, pour la plupart, circonspectes et/ou un brin ironiques sur la visite de l’imprévisible premier des Etats-Uniens. Le site Watson.ch les a recueillis, ces tweets qui titillent le président de la Confédération, l’enjoignent de ne pas aller lui serrer la main sur l’alpe – ce qui paraîtra difficile – ou ricanent simplement sur l’embarras présumé qu’une telle visite suppose:

Alain Berset se réjouirait donc de l'événement? C’est en tout cas comme cela que le Blick présente les choses, en précisant que la venue du président américain «électrise la politique suisse», bien que personne ne sache encore quand exactement il va arriver, combien de temps il restera sur place et, surtout, «s’il y aura un créneau où il pourrait rencontrer des conseillers fédéraux». Et de quoi parleraient-ils, au cas où? A ce sujet, le DFI «garde le silence».

«Maintenant, tout le monde est excité», poursuit le quotidien zurichois – mais à quoi bon? La Chancellerie fédérale peut certes organiser une rencontre, mais elle devra en faire la demande au WEF.» En attendant, «une chose est claire: le Conseil fédéral se penchera sur la visite de Trump lors de sa réunion d’aujourd’hui. Après tout, il est assez rare qu’un président américain soit en visite dans notre pays. Par conséquent, le gouvernement fédéral ne peut pas se permettre de ne pas profiter de l’occasion. On peut donc supposer qu’entre Berne et Washington, le dialogue sera «chaud» ces prochains jours. Et l’on peut supposer aussi que le Conseil fédéral soit un peu inquiet de savoir qui pourra rencontrer Trump.»

Les dossiers chauds

«Pour la présidente de la Commission des affaires étrangères, la conseillère nationale UDC Elisabeth Schneider-Schneiter (PDC/BL), dit encore le Blick, il est clair que les ministres des Finances et de l’Economie ont besoin de parler avec Trump. Elle suppose qu’il est possible d’adapter les programmes du WEF et du Conseil fédéral pour que Johann Schneider-Ammann et Ueli Maurer puissent le rencontrer. Car du point de vue helvétique, il y a deux dossiers desquels il faut parler avec les Américains: leur nouveau protectionnisme par rapport aux règles de l’OMC, si mauvais pour nos entreprises, et la réforme fiscale américaine, qui a également un impact sur la Suisse.»

Toute autre réaction de la part de Tamara Funiciello, la présidente des Jeunes socialistes suisses, qui déclare: «C’est un désastre que ce type arrive.» Elle est prête à tout faire pour empêcher sa venue et écrit tout de go sur Twitter: «On va voir ce qu’on va voir.» Le président du PS et conseiller aux Etats fribourgeois Christian Levrat, est plus mesuré, lui. Dans l’Aargauer Zeitung, il juge que c’est là l’occasion d’engager une conversation avec Trump. […] D’ailleurs, la Suisse cherche également un dialogue avec des régimes tels que ceux de la Turquie, de la Russie ou de la Chine. «Il n’y a aucune raison de ne pas rencontrer également le président des Etats-Unis», confirme le conseiller national Eric Nussbaumer (PS/BL), souhaitant que le président Berset «évoque aussi» avec lui «des aspects critiques, comme l’échec de Etats-Unis sur le réchauffement climatique et les discriminations contre les musulmans».

«Bon pour la Suisse»

«Reste que la visite de Trump prouve l’importance du WEF, ajoute le Tages-Anzeiger. Il faut espérer qu’il y fasse des déclarations de paix et renonce aux provocations.» D’ailleurs, le thème de l’édition 2018, ce sont les causes des fractures politiques, économiques et sociales de la société, et les participants sont invités à esquisser des solutions. Il sera donc «inutile de critiquer une fois de plus la politique trumpienne à cette occasion», selon Tim Guldimann, qui juge la visite positive. «Elle ne peut être que bonne que pour la Suisse», déclare le conseiller national (PS/ZH): il y a là largement «de quoi attirer toute l’attention internationale».

Et la sécurité?

Mais «pour les forces de sécurité, écrit encore le Tagi, elle va représenter un énorme défi, d’autant que même les cercles les mieux informés ne disposent pour l’heure que de rumeurs sur les plans de Trump. Pendant le WEF, Davos est largement isolé du monde extérieur; les mesures de sécurité ont été massivement renforcées, surtout depuis les violents rassemblements anti-WEF du début des années 1990. […] La situation s’est calmée au cours de la dernière décennie, mais le WEF continue d’engendrer des coûts de sécurité de 8 à 9 millions de francs. […] Selon André Kraske, qui dirige la cellule consacrée au WEF au sein du gouvernement grison, il ne faut pas s’attendre à un décuplement des efforts.» Pour Tarzisius Caviezel aussi, le Landammann de Davos, «les forces de sécurité vont bien gérer la situation, comme elles l’ont fait l’an dernier lors de la visite du président chinois, Xi Jinping».

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