incidences

La visite à l’Elysée, un succès diplomatique

Eveline Widmer-Schlumpf était reçue par le président Hollande la semaine passée. Passage en revue des thèmes abordés, dans un esprit de cordialité retrouvée. Par François Nordmann

Il vaut la peine de revenir sur le déroulement de la visite de la présidente de la Confédération, Eveline Widmer-Schlumpf, au président de la République française, François Hollande. A l’origine, elle l’a invité en Suisse, mais c’est la formule d’une première prise de contact à Paris qui a prévalu.

La visite d’un président de la Confédération à l’Elysée n’a rien d’exceptionnel. C’était la septième fois en dix ans qu’un président suisse franchissait les portes du palais du Faubourg-Saint-Honoré.

Nicolas Sarkozy n’aime pas les petits Etats, qu’il rudoyait volontiers à tour de rôle. Exprimant d’abord une certaine sympathie pour la Suisse, il finit par prendre en grippe notre pays du fait des rumeurs sur son couple publiées par la presse suisse en 2005 et 2006. Président de la République, il considérait que le système bancaire suisse avait joué un rôle de plaque tournante opaque dans la crise des années 2007 et 2008: d’où son offensive contre le secret bancaire, notamment au sommet du G20 de Londres en 2009. Il y a mis une bonne dose d’affect, si bien que même une déclaration factuelle de sa part était prise pour une attaque en règle, comme ce fut le cas après le sommet du G20 de Cannes. Cela ne l’empêcha pas de recevoir à deux reprises la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey en 2007 et Doris Leuthard en 2010, et de déléguer cette tâche à son premier ministre, François Fillon, en 2008 et 2011.

Le contraste ne pouvait pas être plus saisissant avec la rencontre du 7 décembre dernier. Le président Hollande a fait montre d’une grande gentillesse, d’une attention soutenue et d’un intérêt réel pour les problèmes évoqués par sa visiteuse. Il a tenu à sortir des sentiers battus en évoquant le rôle de la Suisse dans le domaine de l’économie d’énergie et du développement des énergies renouvelables, où la coopération peut s’intensifier, et a évité les clichés en citant le premier rang de la Suisse pour ce qui est du dépôt de brevets, relevant le caractère dynamique de notre économie et notre industrie forte. Il propose de multiplier les coopérations universitaires culturelles et scientifiques de haut niveau.

Il est conscient de l’importance de nos relations commerciales et économiques – la Suisse est le troisième investisseur en France, a-t-il répété, avec des entreprises de grande taille, et un commerce équilibré – un point positif pour la France! –, sans compter près de 200 000 travailleurs frontaliers en Suisse. Il a pris acte de la position de la Suisse sur les relations avec l’Union européenne, tout en souhaitant qu’à force de se tenir à l’écart des institutions européennes, la Suisse veille à ne pas s’en éloigner.

Il a mis l’accent sur la communauté de langue – nous portons des valeurs et des principes qui nous unissent profondément au sein de l’espace francophone.

Trois problèmes fiscaux ont été traités: – La nouvelle convention sur le droit du travail et la fiscalité applicable dans l’enceinte de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, où la convergence de vues laisse entrevoir le principe d’un accord;– La convention sur l’imposition des successions: des propositions françaises ont été avancées à la demande de la partie suisse pour en faciliter la ratification (Eveline Widmer-Schlumpf s’est montrée plutôt réservée sur ce point);– Enfin, la fraude fiscale, objectif qui nous est commun, avec l’instauration d’un groupe de travail conjoint pour supprimer les obstacles au fonctionnement de l’entraide administrative. Quand ces objets auront été liquidés, il sera possible, en toute confiance, de reprendre même le dossier de Rubik…

Sur le plan international, le président Hollande et le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, présent lui aussi, ont parlé de l’Iran et de la nécessité de rendre «la pression des sanctions la plus efficace possible» – à bon entendeur, salut! Ils ont encore abordé la Syrie, où il existe une communauté de vues, notamment sur le rôle de l’opposition formellement reconnue par la France; enfin, ils se sont arrêtés sur le Sahel, à la veille d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité. Avant l’intervention militaire des pays de la région, soutenus par la France, la Suisse «peut être un facteur de dialogue, de mobilisation et de contact».

L’entretien s’est déroulé autour d’une table, entre délégations, sur le mode formel, et non comme naguère, sur un ton plus décontracté dans le côté salon du bureau de président.

La conférence de presse conjointe à l’issue de la réunion est aussi sans précédent: dommage que les questions n’aient porté que sur les affaires fiscales.

La présidente de la Confédération a eu droit au meilleur traitement protocolaire, à commencer par l’accueil personnel de son hôte au bas du perron. C’est le témoignage d’une chaleur retrouvée dans les relations entre les deux pays. Le président Hollande a encore annoncé son intention de se rendre en Suisse en visite d’Etat sur les pas de François Mitterrand. Littéralement d’ailleurs, car, en 2014, Didier Burkhalter sera président de la Confédération: cette circonstance devrait lui garantir une escale en terre neuchâteloise, à l’instar de son mentor, et peut-être même une poignée de main à Auvernier à Pierre Aubert, qui avait reçu son illustre prédécesseur.

La présidente de la Confédération a eu droit au meilleur traitement protocolaire, à commencer par l’accueil personnel de son hôte au bas du perron

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