Terri Schiavo mourra sans doute avant Jean Paul II. Le vieil homme est nourri et soigné. La jeune femme ne l'est plus du tout. Que dirait le pape du sort de l'Américaine, s'il pouvait parler? L'Osservatore Romano pense pour lui. Mais comme pour montrer que l'Eglise est elle aussi prise de vertige devant la mort, l'organe catholique s'exprime par des questions: «Qui peut juger de la dignité et du caractère sacré d'un être humain fait à l'image et à la ressemblance de Dieu? Qui peut décider de retirer la prise comme s'il s'agissait d'un appareil cassé ou en dérangement?»

Qui? On connaît la réponse du Vatican. Mais les hommes s'arrogent parfois ce droit, et ils devront de plus en plus souvent répondre à la question ultime: les progrès glorifiés de la médecine, la prolongation de la vie vont multiplier les existences «à la limite», au milieu du fleuve.

La réflexion, difficile, s'engage différemment en Europe et aux Etats-Unis. Face à Terri Schiavo, les Américains pensent comme les Européens. Mais c'est une situation extrême: trop d'acharnement. Pourtant, en Floride, ceux qui exigent que la jeune femme soit nourrie ne sont pas tous des croyants exaltés. Il y a aussi à Pinellas des groupes de handicapés, qui se demandent à partir de quel moment on les traitera de légumes inutiles. Ils sentent bien ce qu'il y a dans l'air: trop de vieux, trop d'artifices. Vraiment? Il faut s'arrêter, réfléchir.

L'Europe est sur une autre pente. Le suicide assisté a le vent en poupe. Choisir sa mort, c'est une belle liberté! Et c'est le sujet à la mode. Les volontaires au cocktail terminal sont présentés comme des héros, ou comme des employés modèles, qui songent au bien de l'entreprise – pardon, de la société dans son ensemble.

Ce n'est pas exactement le retour de cet étrange slogan: vive la mort! Mais pourquoi notre Occident ne dit-il plus «Vive la vie»?

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