Youhou, c’est le printemps! Ah bon, parce qu’avant, c’était quoi? L’hiver, vraiment? Impossible, on a à peine eu froid. Si, une fois, je me souviens, durant la semaine des Rois, tout début janvier, le thermomètre a subitement chuté. A un tel point que même en marchant serrée entre mon amoureux et mon fils cadet, je n’arrivais pas à me réchauffer. Après des congés de Noël où on s’était baladés sur les montagnes vierges de neige, baskets aux pieds, façon été, on était alors convaincus que l’hiver, le vrai, allait arriver. On soupirait, on pestait. Mais secrètement, on était aussi rassurés… Eh bien non. Au-delà de ce méchant refroidissement, l’hiver est redevenu plan-plan. Un peu moyen, tiède, sans réel engagement. La neige est plus ou moins tombée, les lacs ont plus ou moins gelé. Le seul acteur royal de ces faux-frimas? Le soleil, qui a beaucoup brillé sur les sommets

Et alors? Doit-on se plaindre de cet hiver clément? Mes garçons, qui, pour leurs sorties, traînent facilement dehors avec leurs amis, sont heureux de n’avoir pas frissonné en février. Pareil pour les petites dames âgées du quartier: elles ont apprécié de ne pas suffoquer de froid, quand elles sortaient faire leur marché. Moi-même, sur mon vélo, j’ai plutôt aimé ne pas être tranchée en dix-sept par des lames glacées… Mais, au fond, on est tous un peu penauds face à cet hiver qui a filé sans vraiment se manifester.

Exactement comme face au débat de lundi soir qui confrontait les cinq cadors de la présidentielle française. Eh oui, en Suisse romande, on s’emballe pour ce sujet-là. Et lundi soir, j’ai eu mon moment de gloire. Qui sera sans doute de courte durée. Mais, au risque de faire sourire les pragmatico-sceptiques, j’ai adoré que Jean-Luc Mélenchon joue le «papa» dans ce débat. Avec détermination et sang-froid, le doyen a aligné des arguments éloquents qui, appliqués dans leur radicalité, permettraient de sortir de cette société de marché qui fait passer l’argent avant les gens. Un grand moment. C’était l’hiver et l’été mêlés, le retour des saisons tranchées. Celles qui n’ont pas besoin de s’exciter pour exister. D’ailleurs, les téléspectateurs ne s’y sont pas trompés. A mi-chemin des opérations, ils étaient 56% à estimer que Mélenchon était le plus convaincant de la soirée (contre 14% pour Le Pen, 12% pour Macron, 11% pour Fillon et 7% pour Hamon). Un coup de froid pour les autres candidats. Qui, comme l’hiver timoré qui vient de passer, sont restés désespérément plats.


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