Touristes imaginaires

Le viveur décomplexé

Tous les vendredis de l’été, notre chroniqueuse arpente les bonnes et les mauvaises habitudes en vacances

Matthieu vit à 100 à l’heure. Cours de mixologie, stages de wakeboard, soirées années 80, accrobranche: son temps libre se partage équitablement entre fun et «délires» en compagnie de vrais potes dont il ne connaît pas les noms de famille.

Il aime répéter qu’«on ne vit qu’une fois!». Secrètement, il sait surtout que la calvitie tragique qui afflige les mâles de sa lignée ne l’épargnera pas. Ses années sont comptées avant qu’essayer d’emballer des étudiantes en droit de 19 ans passe de charmant à gênant.

L’été, il court le monde dans une pulsion de mort qui sent les bretzels à la dinde easyJet. Les après-midi ont les doigts graisseux (mi-monoï, mi-charcuterie) les virées en quad se font sous MDMA et les plongeons depuis des falaises incertaines sont exécutés pour impressionner des Italiennes stoïques au bronzage uniforme.

Avec «Kim Kardacheum»

Le tour de l’Europe, il l’a fait 100 fois, écoutant les mêmes DJ’s parisiens de Prague à Barcelone, dormant dans des Airbnb moites où les sushis de 16 heures bâfrés avant la douche lui redonnent du courage pour aborder encore une nuit de joie extatique. Parfois, c’est l’épiphanie: contemplant la masse festive constellée de glow sticks, la beauté de l’humanité le saisit.

Emu presque aux larmes, il retrouve sa contenance quand une Vénus locale boudinée dans sa jupe blanche lui donne l’occasion d’un beau fou rire avec ses amis. Ils l’appelleront «Kim Kardacheum». Elle sera taguée dans toutes leurs photos de voyage.

Au retour, il ne tarit pas d’éloges sur son séjour, l’ambiance, l’accueil, les paysages, bien qu’il confonde souvent Slovaquie et Slovénie.

De toute façon, Matthieu, son pays préféré c’est le monde, son passeport c’est sa joie de vivre et sa maison, c’est ce maillot de bain fluo révélant un tatouage qui, en sanskrit, signifie «sérénité».


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