Pourriez-vous vivre dans 2m2? Ce n’est pas une plaisanterie, c’est une vraie question: pourriez-vous loger dans un lieu dont la superficie est si riquiqui qu’elle est loin de correspondre aux 9m² exigés par les normes européennes pour une cellule de prison? Vous vous insurgez? C’est que vous n’habitez pas à Hong Kong, ville saturée à côté de laquelle l’arc lémanique passe pour le nirvana en matière d’immobilier. La pénurie d’habitat y est telle qu’un entrepreneur futé a conçu des capsules spatiales lilliputiennes «sans fenêtre, mais avec wi-fi» qui offrent un lit, un écran TV et l’air conditionné. Loués 335 euros par mois, les vaisseaux futuristes sont «empilés dans des locaux sommaires», explique «Le Monde», tandis que la salle de bain et la cuisine sont communes à tous les locataires. Les clients cible de ce minilogis? «Les employés qui font des journées très longues, loin de chez eux, ou les couples en crise», répond l’inventeur qui espère lancer mille capsules d’ici à un an.

La place, l’espace. Son endroit à soi, son refuge béni. J’ai longtemps claironné que «je pourrais vivre dans une yourte», que je n’avais besoin ni de calme, ni d’un lieu de repli. D’ailleurs, très vite, notre chambre a abrité l’ordinateur familial que les enfants venaient consulter sans toquer. J’aime l’irruption, le bruit, les conversations animées, les coups de folie. Mais voilà. Tous les week-ends, on se retrouve cinq adultes dans ce quatre pièces et demi de 70 mètres carrés, bientôt six avec le retour de ma fille aînée et, là, j’avoue, je commence à être prise d’un léger vertige face cette hyperdensité…

Alors je visualise les Hongkongais encapsulés. Et je me sens mieux. Au moins chez moi, le soleil inonde le salon (qui va devenir une chambre, mais bon)… Seulement, il ne faut pas prendre le métro. Et se retrouver a côté d’une ado qui se pâme en regardant sur son smartphone le, je cite, «nouveau château de Barack Obama. Trop beau!!!». 760 m2, des tourelles partout, le manoir en grosse pierre est un peu lourdaud, mais il a en effet de quoi épater. Le loyer? 20 000 euros par mois… Tout à fait mon budget.

Bref, comme dirait mon ami bouddhiste qui est en train d’accomplir une retraite de trois ans dans un lieu retiré, «la liberté est intérieure». «C’est une respiration que chacun porte en soi». Sur la photo des encapsulés, un des utilisateurs fixe l’objectif tout sourire. Il devrait faire commerce de sa liberté intérieure.


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