Le show télévisé avait un peu déraillé. Vladimir Poutine avait dû gentiment rappeler à l’ordre un jeune étudiant qui lui demandait ce qu’il entendait faire après avoir pris sa retraite. «Je n’ai pas encore décidé de quitter la présidence», répondait le chef du Kremlin.

Tout indique en effet que la retraite n’est pas pour demain pour celui qui, encore un parfait inconnu à l’époque, devenait l’homme fort de la Russie il y a exactement 18 ans aujourd’hui. Bien plus: alors qu’il est extrêmement populaire, qu’il tient plus fermement que jamais les commandes du pays, Poutine a transformé sa durabilité politique en un argument central du bien-fondé de son autorité. N’est-il pas là pour garantir la stabilité de la Russie?

Pour éviter à ce pays de connaître de nouveaux soubresauts comparables à ceux qui, précisément, régnaient après la décomposition de l’Union soviétique, lorsqu’il avait succédé à Boris Eltsine? Même la Chine, cette forteresse de solidité, a vu défiler trois présidents différents pendant cette même période.

Un «vieux sage politique»

Cette longévité politique a d’autres avantages pour un président russe excellant désormais dans le registre du vieux sage politique, volontiers paternaliste, assénant des formules de bon sens pour régler des problèmes qu’il a souvent lui-même créés.

Il a pu s’entraîner à ce rôle devant les caméras complaisantes du réalisateur Oliver Stone; il l’a peaufiné devant les toquades de Gérard Depardieu et, plus largement, devant ce cercle en expansion qui, en Occident, en est venu à considérer aujourd’hui que l’autoritarisme déployé par le maître du Kremlin et non seulement un exercice légitime, mais aussi une option salutaire face à la mondialisation.

A l’intérieur, contrôle acharné des médias, élimination méthodique de l’opposition, bride lâchée aux milliardaires tant qu’ils ne lui font pas de l’ombre; à l’extérieur, annexion de la Crimée, neutralisation de l’Ukraine, exacerbation des tensions à la frontière de l’OTAN, participation enthousiaste au massacre en Syrie… Le «contre-modèle» qu’ont cru trouver une partie des Occidentaux, droite et gauche identitaires confondues, est loin d’être aussi placide qu’aimerait le faire croire le maître du Kremlin.

L’incohérence de Trump profite à Poutine

Mais, alors que l’Europe s’est rarement montrée si fragile et divisée, Vladimir Poutine peut se frotter les mains: dans la pagaille actuelle qui tient lieu de politique à la Maison-Blanche, chaque incohérence supplémentaire de Donald Trump est autant de gagné pour lui.

Embourbé dans la question de l’interférence russe dans sa campagne, le président américain évitera sans doute encore pour longtemps toute initiative à l’égard de son collègue de Moscou. Chacun dans son jardin, quitte à ce que les haies du jardin russe continuent à se déplacer en sa faveur.

Lire aussi:

Le rassembleur des terres russes

Les errements russes de Donald Trump

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.